Dans ce monde, où les chrétiens ont un besoin énorme d'encouragement, une lettre comme celle de Pierre peut faire la différence entre la mort et la vie spirituelles. Le message de Pierre est simple : ne pas laisser tomber son zèle : "affermissez votre pensée, soyez sobres", dit l'épître (1.13). Dieu veut que son peuple soit saint, rien de moins. Pierre renforce cette idée par sa citation de Lévitique 1.16 : "Vous serez saints, car je suis saint" (comp. Lv 11.44 ; 19.2 ; 20.7).
La sainteté! C'est un mot, franchement, que ces chrétiens ne connaissent pas bien. Comment être saints? Pierre répond par un appel à trois exp`riences qui sont sources de bénédictions dans la vie de ses lecteurs : l'obéissance, la rédemption, et la nouvelle naissance.
La souffrance et le christianisme sont liés plus en théorie qu'en réalité, pour la plupart d'entre nous. Mais c'était différent pour les premiers lecteurs de cette lettre. Quand un frère avait été traîné dans le centre ville, qu'il avait eu ses vêtements arrachés et que, attaché à une poutre, il avait été battu, la souffrance devenait réelle. Quand une soeur était mise au ban par ses parents, quand sa famille ne voulait plus lui parler, quand ses enfants n'avaient pas d'amis, la vie devenait totalement souffrance. Les premiers lecteurs de Pierre ne pouvaient pas regarder en arrière et plaindre les chrétiens qui avaient souffert par le passé. Ils ne pouvaient que montrer les cicatrices sur leur propre dos.
Comment Pierre réagit-il à ces plaies et ces douleurs ? Il dit à ces chrétiens de rester fidèles à Dieu (1.14), il les exhorte à exclure le péché de leur vie avec une ferveur renouvelée, et à rester saints. Il dit que leur souffrance les purifie et les raffine, comme le fait le feu pour l'or (1.7). Chez Pierre, il n'y a aucune faiblesse de coeur. Il semble dire : "Si l'ennemi veut se battre il n'a qu'à venir. Nous combattrons le mal par la sainteté."
Que Pierre juxtapose ainsi l'obéissance et la sainteté ne peut être un hasard. La sainteté, qui est plutôt une manière de vivre qu'un état d'esprit, exige deux choses : premièrement l'humilité, deuxièmement la confiance. L'humilité parce que nous devons reconnaître n'avoir ni les ressources ni la sagesse pour nous diriger nous-mêmes ; la confiance parce que nous devons pouvoir, sans peur, nous fier à la direction d'autrui. Il n'est donc pas étonnant, dans des circonstances, que Pierre emploie l'image d'enfants obéissants (1.14).
Malheureusement, certains chrétiens ont trafiqué la définition de "disciple de Christ". Elle a été changée en une invitation à nous soumettre sans question à un autre chrétien qui se charge de notre sainteté. L'obéissance innocente que Pierre commande exige bien une humilité et une confiance dans notre relation avec Dieu ; mais permettre à une autre personne d'assumer les prérogatives de Dieupour diriger notre vie, c'est frôler l'idôlatie, c'est renoncer à notre lutte pour la sainteté. Se fier à Dieu, s'humilier devant lui, obéir, ne sont pas les éléments d'une quelconque passivité. Le disciple de Christ es celui qui recherche la volonté de Dieu et qui vit selon cette volonté.
La bonté de la vie de ces chrétiens s'opposait diamétralement aux qualités del'ancienne vie qu'ils avaient connue. Qu'ils vivaient une vie meilleure était donc évident. Aussi, ne comprenaient-ils pas pourquoi le monde les ridiculisait et les tourmentait. Pourquoi Dieu permettait-il cela, pourquoi devaient-ils souffrir ainsi ? Ces questions ne sont pas nouvelles. Dans une précipitation née de son désespoir, Job demanda : "Pourquoi Dieu, le Tout-Puissant, n'a-t-il pas prévu des jours où il exercerait son jugement, où ses fidèles le verraient intervenir ?" (Job 24.1 - FC). Le psalmiste confessa, après avoir vu la prospérité de l'arrogant :
"Pour un peu mes pieds allaient fléchir, Il s'en fallu d'un rien que mes pas ne glissent "(Ps 73.2-3).
Pierre comprend la souffrance comme les amis de Job la comprenaient. Élipaz (Job 5.17) et Élihou (Job 33.19) avaient maintenu que la souffrance servait à châtier et à faire donner de la patience aux serviteurs de Dieu. Pierre dit quelque choses de similaire : la souffrance affine la foi des chrétiens, comme le fait le feu pour l'or. Bien que toute souffrance ne constitue pas un châtiment envoyé par Dieu, elle peut toujours être source de bénédiction. La réponse de Pierre à la souffrance, finalement, se résume par un rappel que Dieu jugera sans partialité (1.17). Dans ce cas, sa réponse reprend l'enseignement du Psaume 73, où le psalmiste en conclut que la prospérité des méchants n'est que provisoire.
Ceux qui vivent selon Dieu auront leur récompense, et les méchants goûteront la colère de Dieu, au dernier jour, quand il redressera toutes les injustices. Pour le moment, il n'est pas nécessaire, pour être saint, de résoudre toutes les questions posées sur la souffrances. Pierre dit en sommes à ses lecteurs : "Vous êtes des exilés sur la terre. Vous n'avez pas toutes les réponses aux interrogations de la vie, mais vous avez cette réponse : le Dieu créateur vous connaît et vous a rachetés."
En 1.14 et 1.18, Pierre se réfère à l'ancienne vie de ses lecteurs. Le verset 14 parle de l'ignorance de leurs anciens désirs, le verset 18 de la vaine manière de vivre héritée de leurs pères. Sans Dieu, la vie tend à l'ignorance et au flou, une sorte de train-train quotidien où l'on cherche continuellement et inutilement à satisfaire ses appétits.
Bien des choses considérées par notre culture contemporaine comme chics, modernes et avant-garde ne sont que les extensions de la même ignorance qui depuis des millénaires broie la vie et lui filtre toute sa joie. Quand on suit aveuglement ses appétits, on finit par devenir esclaves et par se détruire. Pierre écrira dans sa deuxième lettre, au sujet de ceux qui, esclaves de la corruption, promettent cependant la liberté : "chacun est l'esclave de ce qui a triomphé de lui" (2 Pierre 2.19).
pierre met clairement en contraste l'ancienne vie d'esclaves avilis de ces chrétiens, et leur vie de liberté en Christ. Il leur rappelle qu'ils ont été rachetés. Ce mot était utilisé par les auteurs grecs pour signifier le paiement d'une rançon. Un homme riche ou puissant payait, par exemple, une grosse somme d'argent à des pirates ou des brigands, pour acheter sa liberté. L'historien romain Suétone raconte un incident de la vie de Jules César. En 74 avant J.C., le jeune César faisait voile sur la Mer Egée vers Rhodes, pour y étudier la rhétorique, quand son bateau tomba entre les mains de pirates. César envoya chercher 50 talents d'or à Milet. Quand la rançon fut payée, les pirates le relâchèrent.
alors qu'on paie la rançon des riches en argent et en or, Pierre rappelle à ses lecteurs que la rançon de leurs désirs serviles de la chair a été payée avec quelque chose d'infiniment plus précieux : le sanf du Fils de Dieu (1.18-19). Paul le dit ainsi : "Celui qui n'a pas connu le péché, il l'a fait (devenir) péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu" (2 Cor 5.21).
Pierre appelle le Christ "un agneau sans défaut et sans tache" (1.19). Le livre de l'Apocalypse (5.8) emploie le même mot (agneau) pour désigner le Christ. Plusieurs fois dans le livre des Actes, il est appelé "serviteur" (Ac 3.13, 26 ; 4.27, 30) ; les anciennes versions de la Bible françaises traduisent généralement "Fils" dans ces quatre versets. Dans les écrits chrétiens des 1er et 2 ième siècles, Jésus est souvent appelé "l'enfant". De tels mots soulignent sa qualité innocente et pure.
Paul, lui, appelle Jésus notre Pâque (1 Co 5.7). On peut également observer le même lien entre Christ et le sacrifice de la Pâque en Jean 19.36, passage où Jean écrit qu'aucun os de son corps nÉtait brisé. Sans pour autant faire une référence précise à la Pâque, Pierre en 1.18-21 fait mention d'un "agneau sans tache et sans défaut" mention que nous avons vu plus haut. cette référence noue porte naturellement vers la mort de l'agneau en Exode 12 et le fait que Dieu passa par-dessus les maisons où le sang de l'agneau avait ét é mis sur les portes. Le sang de l'Agneau de Dieu est devenu la rançon du pécheur ; il l'a guéri et l'a libéré du pouvoir de Satan, le destructeur.
Ce grand acte rédempteur de Dieu en Christ, projeté depuis la fondation du monde, a été réalisé dans ces derniers jours du monde, la fin es temps (1.20). Il souffle dans tout l'Ancien Testament un esprit d'expectative, une attente de l'accomplissement des promesses de Dieu. Le "germe" de David (Jer 23.5 ; 33.15), le "rejeton"( Es 11.1), devait se remettre sur son trône, et Dieu régnerait sur son peuple. Une nouvelle alliance devait être écrite sur le coeur des hommes (Jer 31.33). La panthère se coucherait avec le chevreau (Es 11.6). Pierre dit à ses lecteurs qu'ils sont eux-mêmes les bénéficiaires, dans ces derniers temps, de toutes les promesses de Dieu. Il les assure qu'ils sont héritiers de toutes choses. Cette information, affirmée par la résurrection du Christ, est de nature à inciter ces chrétiens à la sainteté.
Bien que le mot "baptême" ne paraisse qu'une seule fois dans cette épître (3.21), les étudiants assidus de la Bible ont toujours reconnu que le baptême est en fait un thème qui domine la lettre. Certains commentateurs vont jusqu'à maintenir que cette lettre constitue une adaptation des paroles d'une sorte de liturgie récitée par les dirigeants des Églises à l'occasion d'un baptême. Être baptisé, c'est naître de nouveau. Paul développe cette image un peu plus lorsqu'il ditque le chrétien sort du baptême pour marcher en "nouveauté de vie" (Rm 6.4). On peut douter que Pierre se réfère au baptême (comme il l'avait fait en 1.3) lorsque il dit que les chrétiens ont été "régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible" (1.23).
Quand Pierre dit : "après avoir purifié vos âmes dans l'obéissance à la vérité" (1.22), il ne suggère aucunement que les chrétiens puissent mériter leur salut. À la première Pentecôte après la résurrection du Christ, Pierre avait exhorté ses auditeurs : "Sauvez-vous de ctte génération perverse" (Ac 2.40). Dans sa grâce, Dieu a offert le pardon et la vie éternelle. Suggérer que l'auditeur doive tendre la main et saisir le don offert ne compremet en rien la doctrine de la grâce. C'est ce dont Pierre parle quand il dit avoir purifié son âme. Ces chrétiens ont cru au message de l'espoir et de la grâce de Dieu ; ils ont fait ce que le Seigneur leur commandait de faire.
La sainteté et la nouvelle naissance ne sont jamais loin d'une de l,autre. La semence est incorrruptible et le croyant en est purifié. Ces chrétiens d'Asie Mineure saisirent-ils la signification de l'appel de Pierre à une vie sainte ? Trouvèrnt-ils dans ses paroles l'inspiration et le courage nécessaires pour défier les valeurs et le mauvais comportement du monde ? Et nous ? C'est une expérience que d'écouter les paroles de certaines chansons rock ou même "country". On nous dit de chercher toujours la satisfaction instantanée, de n'attendre rien. La télévision a tendance, elle aussi, à promouvoir cette idée. Des millions de gesn vivent selon une philosophie qui les autorise à faire tout ce qu'ils veulent, et à le faire tout de suite.
Les chrétiens -- pourtant appelés à la sainteté -- vivent dans un tel monde. Pour les lecteurs de Pierre, la frontière entre leur vie sainte de chrétiens et celle, sordide et incrédule, qu'ils ont quittée, est clire et nette. Pour nous, les choses semblent différentes. La frontièreentre le saint et le mondain devient souvent floue. Les chrétiens eux-mêmes contribuent parfois à cette confusion, car à l'appel du monde ils disent : "faut-il vraiment éliminer tous les plaisirs ? N'exagérons pas trop cette idée de sainteté !" Parfois les chrétiens semblent craindre que le monde moderne leur mette cette étiquette de toutes la plus redoutée : "fanatique". Ils ont peur que quelqu'un prenne au sérieux leur désir d'être les enfants du Roi.
La plupart des chrétiens sont attristés et affligés devant l'appel incessant à la sensualité. Les paroles de Josué à Israël s'appliquent sans doute à l'Église moderne : "Vous ne pourrez pas servir l'Éternel, car c'est un Dieu saint, c'est un Dieu jaloux" (Jos 24.19). Êtes-vous paré pour le défi de la sainteté ? Je ne sais pas comment nous répondrons à cette questions, mais Moïse y répondit ainsi : "Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement pas au-dessus de tes forces ni hors de ta portée. (...) Cette parole, au contraire, est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur, afin que tu la mettes en pratique" (Dt 30.11, 14).
Pierre offre deux sources de rafraîchissement pour les chrétiens qui s'efforcent de rester saints dans un monde qui ne l'est pas. Premièrement, la sainteté trouve du soutien en l'amour fraternel entre pèlerins qui voyagent ensemble vers la Sainte Cité. Pierre sait que la pureté et l'obéissance de ses lecteurs a eu pour résultat un amour sincère ; il les exhorte donc : "aimez-vous les uns les autres ardemment et de tout coeur" (1.22).
Deuxièmement, la sainteté demeure éternelle, alors que les honneurs et les appétits du monde ne sont que temporels. Pierre dit : "Vous qui avez été régénérés (...) par une semence incorruptible" (1.23). Puis il cite un beau passage d'Ésaïe 40.6-8, qui rappelle le Psaume 103.15-16 :
Toute chair est comme l'herbe
Et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe ;
L'herbe sèche et la fleur tombe,
Mais la parole du Seigneur demeure éternellement (1.24-25a).
En 1.13-25, Pierre encourages ses lecteurs à être saints et il leur offre trois chemins vers cette sainteté : l'obéissance, la rédemption et la régénération. L'Asie Mineure de la fin du premier siècle ressemblait à notre société par certains côtés, mais elle était bien différente aussi. La différence entre un chrétien et un non-chrétien était clairement définie. Parce qu'ils maintenaient que "Christ est Seigneur", les chrétiens étaient non seulement ridiculisés mais souvent maltraités physiquement. Dans sa lettre, Pierre n'offre aucun répit à l'abus physique et émotionnel, au contraire. Il dit même que les choses vont sans doute s'empirer. Quoi qu'il advienne, il veut que les chrétiens sachent qu'ils sont le peuple de Dieu, c'est-à-dire un peuple saint.
Il n'existe dans le monde du 21ième siècle aucun besoin plus grand que celui de voir les hommes et les femmes qui portent le nom du Seigneur vivre de manière sainte. Pas de compromis, pas d'excuses! Peu de chrétiens dans le monde moderne craignent des persécutions physiques en raison de leur foi. De nos jours, le péché nous prend tendrement dans ses bras et nous berce, nous disant que nous ne sommes qu'humains et que nous ne devons pas trop attendre de nous-mêmes.
Les chrétiens ont besoin les uns des autres ; nous devons nous aimer les uns les autres ardemment et de tout coeur. En fait, Christ a érigé son peuple en une maison sainte où nous pouvons nous soutenir et nous fortifier mutuellement. Cette maison demeure, elle n'est pas comme l'herbe qui sèche et qui tombe. Au chapitre 2, Pierre écrira encore plus longuement au sujet de cette maison spirituelle faite de pierres vivantes. pour le moment, comprenons que le temple est formé d'hommes et de femmes ayant quitté leur ancienne ignorance et ayant été rachetés par le sang de l'Agneau.
"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)
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