S'ÉTABLIR SUR LA PIERRE POSÉE EN SION

Les chrétiens destinaires de cette première lettre de Pierre se trouvent coupés de la vie qui avait constitué leur place dans le monde. Ils ont donc besoin d'un message d'appatenance, de fraternité, de soutien mutuel, et de responsabilité réciproque : c'est le message des versets 2.1-10. Ils connaissent leur passé, mais qu'en est-il de leur présent, maintenant qu'ils ont coupé les liens avec le passé et qu'ils se sont attachés au Christ ? Pierre leur dit : "Vous êtes des enfants nouveau-nés, vous avez besoin de lait spirituel afin de grandir. Vous êtes des pierres vivantes édifiées sur Jésus-Christ, la pierre angulaire, pour former un saint temple. Vous êtes une race choisie, particulièrement approuvée par Dieu." Ces versets contiennent en fait le double concept d'appatenance et de solidarité.

DU LAIT NON FRELATÉ POUR DES
ENFANTS NOUVEAU-NÉS
(2.1-3)

Pour la plupart, les lecteurs de la lettre de Pierre sont chrétiens depuis moins dix ou quinze ans. Il y a donc un besoin impérieux de renforcer la ligne de démarcation entre l'ancienne vie et la nouvelle. Avant de pouvoir remplir sa vie de la onté de Christ, il faut d'abord se débarrasser d'un bagage encombrant venant du monde.

Rejeter de côté l'ancien
Pierre les exhorte à rejeter leur ancienne vie : "Rejetez donc toute méchanceté (...)" (2.1). Le mot "rejetez" est employé de la même manière par Paul qui encourage les Éphésiens à se dépouiller (...) de la vieille nature" (Éph 4.21-22) et à "revêtir la nouvelle nature" (Éph 4.24). Le passage de Colossiens 3.8-11 est semblable. En Romains 13.12, utilisant encore le même mot, Paul dit : "Dépouillons-nous donc des oeuvres des ténèbres". La leçon est claire : avant de mettre Christ dans sa vie, il y a certaines choses à en expulser.

Paul dit à ses lecteurs qu'ils doivent se débarrasser de ce qui caractérise leur ancienne vie : la méchanceté, la fraude, l'hypocrisie, l'envie et la médisance. Le chrétien qui voudrait continuer à pratiquer ces choses devient comme la ciagele qui voudrait vivre dans son ancienne peau et sa nouvelle peau en même temps.

Le choix des mots de Pierre suggère qu'il vise, non des pratiques particulières, mais des caractéristiques générales de la vie que le chrétien doit rejeter. Le mot traduit "méchanceté" désigne le mal en général. Le mot "ruse" (COL, TOB, SEM) est tradit "mensonge" dans le FC et "fourberie" dans la Bible de Jérusalem. Dans les écrits grecs profanes, ce mot se référait souvent à un hameçon utilisé par un pêcheur. Tous ces mots suggèrent le fait de tromper quelqu'un, pour lui faire du tort. Le troisième mot, "hypocrisie", n'exige aucune explication. Il désigne le fait de se représenter faussement, de ne pas être à l'intérieur ce qu'on affiche à l'extérieur.

Le quatrième mot, "envie", désigne un mal subtil. Ce n'est pas la même chose que la jalousie, bien que ces deux idées se rapprochent l'une de l'autre. L'envie est un sentiment d'amertume et de mécontentement dirigé contre un autre à qui quelque chose de désirable est arrivé, quelqu'un qui est béni. L'envie est ce vice hideux que nous trouvons tous en nous-mêmes.

Le dernier mot, "médisance" ("bavardages malveillants" -- FC), se trouve uniquement dans ce passage et celui de 2 Corinthiens 12.20. Il signifie le fait de diffamer le caractère ou le nom d'une personne. Que ce qui est dit soit vrai ou non importe peu. Quand on détruit avec malveillance la réputation de quelqu'un, on est coupable de médisance.

Quel st le point commun à tous ces termes ? Ils décrivent des vices qui détruisent l'harmonie et la bonne volonté ; ainsi sont-ils tout le contraire d'un "amour fraternel" (1.22). L'Église du Seigneur par sa nature est constituée d'un peuple soudé par l'amour (Jn 13.35). Les maux subtils nommés par Pierre déchirent le corps. Bien qu'ils soient fréquents dans le monde, les chrétiens doivent les rejeter. Les premiers lecteurs de cette lettre, pour parvenir à un sens de solidarité et d'unité, doivent refuser de pratiquer de tels vices. Ayant quitté leur ancienne manière de vivre, ils ont besoin du soutien et de la force accordées par un peuple uni et plein de sollicitude.

Désirer le lait non frelaté de la parole.
A deux reprises dans le premier chapitre (vs. 3, 23), Pierre fait allusion à la nouvelle naissance (régénération) de ses lecteurs, qui sont toujours, sur le plan spirituels, des enfants. Ils doivent donc rejeter leur ancienne manière de vivre et désirer comme des enfants le "lait non frelaté de la parole" (2.2). Les différences dans les traductions du mot grec logicon("lait spirituel et pur" --FC; "lait pur de la parole" --TOB) préentent une difficulté pour le traducteur. Heureusement, nous n'avons nul besoin de résoudre les problèmes de ce genre pour pouvoir tirer une conclusion importante, celle de voir que la spiritualité est intimement liée à la révélation de Dieu dans sa parole. Cette Parole est la source de toute force spirituelle.

Il est tout à fait remarquable de noter le nombre de fois où les hommes de Dieu emploient l'image de la faim et la soif pour symboliser leur désit de Dieu, de sa Parole et de sa voie. Une des Béatitudes dit : "Heureux ceux qui ont faim et soif de justice"(Mt 5.6). Le psalmiste écrit :

O Dieu ! tu es mon Dieu, je te cherche,
mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi,
Dans une terre aride, desséchée, sans eau
(Ps 63.2).

Pierre, lui, décrit l'image d'un enfant qui désire du lait. Cette image suggère que ceux qui prennent ce lait se trouveront forts et en sécurité dans la famille de Dieu, et qu'ils arriveront à connaître les richesses que le Christ a préparées pour son peuple.

UNE PIERRE REJETÉE PAR LES HOMMES
MAIS CHOISIE PAR DIEU (2.4-8)

C'est par leur relation avec la "pierre vivante", rejetée par les hommes mais choisie par Dieu"(2.4), que les chrétiens peuvent connaître le phénomène de l'appartenance à une communauté. Le Nouveau Testament emploie plusieurs images frappantes pour aider les chrétiens à comprendre la nature de l'Église. C'est un corps, dont les parties travaillent ensemble pour le bien de l'ensemble (1 Co 12) ; c'est un royaume, dans lequel chaque citoyen fait du bien à tous ; c'est une maison dont chaque brique remplit sa fonction. Toutes ces images ont deux choses en commun : 1) elles mettent l'accent sur l'interdépendance du peuple de Dieu (" Nous sommes membres les uns des autres", Éph 4.25); 2) elles identifient la relation entre chrétiens comme résultat de leur relation avec le Christ.

Des pierres vivantes

Pierre voit l'Église comme une grande maison construite par Dieu (2.4), et dont Christ est la pierre de l'angle. tout dans cette maison repose sur cette pierre de l'angle, non seulement son plan et son apparence, mais aussi son principal support. Paul, écrivant au sujet de Christ, la pierre de l'angle, dit : "En lui, tout l'édifice bien coordonné s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur" (Éph 2.21).

L'Église est donc une maison spirituelle rassemblée en Christ ; elle est également un sacerdoce qui offre des sacrifices spirituels. Le mot "sacrifice" traduit pour nous la notion de renoncement à soi. Quelqu'un dira : "J'ai sacrifié mes vacances pour repeindre ma maison." Maisen 2.5, aucune notion de sacrifice personnel n,est apparente. Pierre parle d'offrir librement "des victimes spirituelles" comme une offrande de joie pour la louange et la gloire du Père. Sous la loi de Moïse, seuls les prêtres avaient le droit d'offrir des sacrifices. Mais dans la nouvelle alliance, tout chrétien est prêtre dans une maison qui est en elle-même un saint sacerdoce. Les sacrifices offerts ? La plénitude de leur vie régénérée en l'image de Christ.

Une pierre en Sion

Pierre rappelle à ses lecteurs la continuité qui existe entre eux et le peuple de Dieu dans les temps passés. Le prophète Ésaïe avait annoncé une pierre que Dieu devait poser en Sion, une pierre "éprouvée, (une pierre) angulaire de prix" (Ésaïe 28.16). Ésaïe avait parlé également de Dieu lui-même qui deviendrait pour son peuple "une pierre de malheur, un rocher qui fait trébucher" son peuple désobéissant (Ésaïe 8.14). Paul, écrivant sur le rejet de Jésus par les Juifs, joint ces deux versets d'Ésaïe en Romains 9.33, tout comme le fait Pierre en 2.6-8. Ces reconnaissent le Christ à la fois comme la pierre angulaire posée par Dieu en Sion et le rocher qui fait trébucher les désobéissants.

voici le point essentiel : Dieu a fait de Christ -- la pierre rejetéepar les hommes -- le fondement de sa maison. Cette pensée se trouve décrite en Psaume 118.22, passage cité par Christ en Matthieu 21.42 (comp. Luc 20.17) et par Pierre devant le sanhédrin (Ac. 4.11).

Tout ceci donne au chrétien un sens de son identité : il est uni au peuple de Dieu de tous les âges, il est enfant d'Abraham, son héritage est riche et noble. Être "Juif" (c'est-à-dire être parmi les élus de Dieu) n'est plus une question de naissance physique, mais d'une union avec un héritage spirituel. Paul le dit bien en Romains 2.28-29 : "Le Juif, ce n'est pas celui qui en a les apparences ; et la circoncision, ce n'est pas celle qui est apparente dans la chair. Mais le Juif, c'est celui qui l'est intérieurement ; et la circoncision, c'est celle du coeur, selon l'esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. "Pierre dit donc à des chrétiens coupés des traditions de leur ancienne manière de vivre : " Vous appartenez désormais à un nouveau peuple. Vous connaîtrz et vous apprécierez maintenant de nouvelles traditions et un nouvel héritage spirituel."

Pour le chrétien, Christ est la précieuse pierre de l'angle, le fondement de la vérité, la source du salut et de la vie. Mais cette même pierre s'avère une source de chute pour les désobéissants. Que la désobéissance existe ne nous surprend pas ; mais que veut dire Pierre lorsqu'il déclare, à la fin du verset 2.8, que "c'est à quoi ils ont été destinés" ? D,autres traductions (par exemple, "il leur arrive ce qui était prévu pour eux", -- SEM.), n'aident pas beaucoup à éclaircir l'idée. On pourrait supposer que les désobéissants n'ont pas le choix vis-à-vis de leurs actions, qu'ils rejettent le message de Christ en raison d'une éternelle prédestination. En revanche, Pierre a pu vouloir dire que, étant donné l'état pitoyable d'un monde rebelle et sans Dieu, certains sont sûrs de rejeter le Christ. Si les êtres humains portent une quelconque responsabilité pour leurs actions (sinon pourquoi Pierre écrirait-il cette lettre)?, nous devons préférer la deuxième explication.

UN SACERDOCE ROYAL
UNE NATION SAINTE (2.9-10)

Pierre déclare : "Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté" (2.9-10). Chaque terme de cette phrase se fait l'écho de l'action de Dieu par le passé en faveur de son peuple : il les a guidés, les a nourris, les a formés. Les chrétiens deviennent donc héritiers de siècles de traditions et de promesses.

Une race élue

De tous les peuples anciens du monde, Dieu a choisi Israël pour porter son nom. Moïse se demandait quelle autre nation pouvait revendiquer les mêmes bénédictions qu'Israël (Dt 4.32-34). Israël lui-même ne comprenait guère les bienfaits que Dieu lui avait accordé. Comment le Dieude l'univers pouvait-il avoir choisi pour sien un peuple insignifiant et esclave ? Une seule réponse était offerte à cette question : "C'est parce que l'Éternel vous aime, parce qu'il a voulu tenir le serment qu'il avait fait à vos pères" (Dt 7.8). Le sentiment d'appartenir à Dieu, d'être choisi par lui, était si fortement ancré en Israël parmi tous les anciens peuples, que jusqu'à ce jour, et à la différence de tous les autres, ils ont maintenu leur identité nationale.

Dieu a encore un peuple choisi. Il habite dans différentes nations du monde, il parle des langue différentes, il observe des traditions différentes. Mais son peuple reste uni parce qu'établi sur la même pierre d'angle, le Christ. Par le baptême, on devient chrétien, on est régénérer par l'eau et l'Esprit. On entre dans le peuple choisi de Dieu.

N'oublions jamais que nous sommes ce peuple choisi. N'attirons jamais de la honte sur son nom béni. Aimons toujours et soutenons le saint temple où il nous a mis en pierres vivantes.

UN SACERDOCE ROYAL

Bien que l'adjectif utilisé avec "sacerdoce" en 2.9 ("royal") ne soit pas le même que celui du verset 5 ("saint"), l'idée est la même. En tant que prêtres, les élus ont accès au conseil intime de Dieu. Sous la loi de Moïse, seuls les descendants d'Aaron avaient le droit d'être sacrificateurs / prêtres et l'honeur d'offrir des sacrifices et de se tenir dans le Lieu Saint. Selon Pierre, ce haut privilège de servir comme prêtre de l'Éternel constitue une bénédiction inestimable appartenant à tout chrétien ; en Christ, tous sont prêtres, chacun a le droit de se tenir dans le Lieu Saint et d'offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu.

Une nation sainte

Les bâtiments, monuments et inscriptions de l'époque des anciennes civilisations de l'Asie Mineure attestent l'immense fierté des citoyens à l'égard de leurs cités. Il n'est pas étonnant que ceux qui arboraient une loyauté sans bornes à leur cité se soient tournés contre les chrétiens, qui réservaient leur plus ardent dévouement pour la Jérusalem céleste. Les chrétiens confessaient qu'ils étaient étrangers et résidents temporaires sur la terre (Héb 11.13), leur citoyenneté dans les villes des hommes n'était que provisoire. Sur la scène planétaire, les gouvernements et les villes, avec leurs nombreux citoyens, apparaissent et disparaissent.

Quelle que soit la cité de résidence de ses lecteurs, Pierre leur dit, en somme : "Avant de connaître Christ, vous n'étiez pas une nation. Mais à présent vous êtes devenus une nation sainte, le peuple de Dieu, bénéficiaires de la miséricorde divine." Paul écrit aux Éphésiens : "Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage ; mais vous êtes concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu" (Éph 2.19). Pour celui qui connaît le Christ, sa citoyenneté dans le royaume de Dieu surpasse toute autre alliance de fidélité. Quand on a été choisi par Dieu et ajouté à son peuple, par la mort de son Fils, on reçoit une réelle appartenance, une vraie identité.

CONCLUSION

Notre devoir est d'aller dans le monde entier, d'enseigner l'Évangile à ceux qui sont perdus, d'être le sel et le levain du monde. Il y a un temps pour l'extension et la conquête, et un temps pour un regroupement, pour retrouver son identité, et pour voir son rôle dans le dessein de Dieu pour la race humaine. En 2.1-10, Pierre s'assure que ses lecteurs savent qui ils sont. Il met l'accent sur leur appartenance à la communauté des rachetés de la terre.

Quand les chrétiens se verront moins cpmme un peuple isolé, et plus comme les colonnes d'un saint temple, l'Église pourra avancer dans le monde avec le message de l'Évangile. Si le peuple de Dieu va connaître un sentiment de communauté et de responsabilité mutuelle, il faut que le message de l'Évangile confronte et transforme notre culture, comme il l'a fait pour la culture du premier siècle en Asie Mineure.

L'égoïsme qui caractérise notre époque peut être vaincu par ceux qui se savent un peuple choisi, une nation sainte. Le peuple de Dieu remportera la victoire lorsque ces paroles de Pierre auront été gravées dans son coeur ; "Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d'offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ"(2.5)


MERCI DE VOTRE VISITE

"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)

Retour à la page principale
Retour à la page étude