Dans sa première lettre, Pierre s'adresse à des petites assemblées se trouvant devant de grands obstacles. Pour les membres d'une assemblée grande et confortable, la frontière entre la vie en Christ et la vie dans le monde peut devenir floue ; mais les premiers lecteurs de Pierre n'avaient pas cette tentation. Les ennemis les provoquaient, les interrogeaient, leur lançaient des accusations absurdes. Ils devaient se munir de réponses au sujet de leur foi. Pierre leur rappelle que la manière chrétienne veut qu'ils rendent la bénédiction pour l'insulte (3.9), qu'ils rendent le bien en réponse à la diffamation (3.13) et qu'ils annoncent le message de la croix en réponse aux calomnies (3.18).
Certaines réponses sont évidentes, rien que la vie et le comportement des chrétiens. Au lieu de donner à ses lecteurs des mots et des arguments, Pierre leur conseille une manière de vivre. Il y a là une certaine logique. Les chrétiens n'auront que peu d'influence sur le monde avant d'AVOIR DÉMONTRÉ QUE LES ENSEIGNEMENTS DU SEIGNEUR SONT PLUS QUE DES THÉORIES. Il faut que les lecteurs de Pierre soient transformés par le Christ avant de pouvoir, à leur tour, être les instruments de cette transformation du monde par Christ. La série d'exhortations du verset 3.8, au sujet du comportement chrétien, répond implicitement aux critiques portées contre l'Église. Chaque mot est, en soi, un bijou d'instruction pour la communauté chrétienne : "Enfin, ayez tous la même pensée, les mêmes sentiments. Soyez (remplis) d'amour fraternel, de compassion, d'humilité".
D'abord, Pierre exhorte ses lecteurs à avoir "la même pensée". Le terme grec ne se trouve qu,ici dans le Nouveau Testament. L'apôtre ne peut pas prétendre que les chrétiens soient complètement d'accord sur toute question ; mais il veut qu'ils aient une manière commune de penser, un point commun de référence. l'admonition de paul aux Philippiens est semblable : "Mettez le comble à ma joie afin d'avoit une même pensée ; ayez un même amour, une même âme, une seule pensée" (Php 2.2).
Le deuxième mot dans cette liste de Pierre, traduit " [ayez] les mêmes sentiments", est utilisédans ce passage et en Romains 12.15 ; il signifie le fait de ressentir la même douleur qu'un autre, et ainsi de faire son possible pour le soulager. Pierre écrivait dans un monde grec, où se développait un goût prononcé pour les divertissements romains tels que les combats à mort entre gladiateurs et le spectacle de prisonniers littéralement dévorés par des bêtes sauvages. Ce monde avait bien besoin d'un peu de compassion et de partage.
L'amour fraternel (troisième terme de la liste) est nécessaire à la vie de l'Église. Les chrétiens s'aiment les uns les autres à cause du lien commun de leur relation avec Dieu en Christ -Jésus. Le substantif grec traduit "amour fratrnel" est philadelphia, le nom d'une ville en Asie Mineure où se trouvait l'une des sept Églises exhortées par Jésus dans le livre de l'Apocalypse.
Pour les grecs, les émotions intenses sortaient non seulement du coeur, mais des entrailles. Le mot traduit "une même âme" (quatrième terme dans la liste de Pierre), signifie littéralement "avoir de bonnes entrailles". La Bible du Semeur traduit "[soyez] bons". Une lettre datant du milieu du deuxième siècle, de Polycarpe de Smyrne à l'Église de Philippes, dit que les anciens doivent "être pleins de compassions [même mot employé par Pierre] et miséricordieux, ramener ceux qui s'égarent, s'occuper des faibles, ne négliger ni la veuve, ni les orphelins ni les pauvres."
Le dernier mot est "[soyez remplis] d'humilité". Celui qui est humble pense tellement aux besoins des autres qu'il est peu enclin à souligner ses propres accomplissements, connaissances ou possessions. Ses intérêts dépassent sa propre personne. on comprend mieux cette idée par contraste à ce qui lui est contraire : la vantardise ou l'égoïsme. Le discernement qui vient avec l'humilité permet de comprendre qu'on peut avoir tort ; il donne la force e caractère nécessaire pour confesser ses péchés et avouer ses fautes.
Une de plus anciennes lois de l'humanité exige que l'on rende selon ce qu'on a reçu. Cette loi est le lex talionis, la loi de la rétribution. Nous la trouvons énoncée dans sa forme classique en Exode 21.23-24 : "Tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blesure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure."Comme le Christ l'a fait avant lui (Mt 5.38-42), Pierre écarte le lex talionis en faveur d'une loi plus élevée : "Ne rendez pas mal pour mal, ni insulte pour insulte ; au contraire, bénissez, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction" (3.9)
la religion chrétienne n'est jamais davantage mise à l'épreuve que quand les chrétiens doivent rendre le bien pour le mal et la bénédiction pour la malédiction. Pierre cite le Psaume 34.12-16, pour dire , en somme : "Si vous voulez connaître une vie de plénitude et de bonté, mesurez bien vos paroles." C'est une bonne leçon pour nous tous. Chercher une vie sainte, c'est, dans un sens, se chercher soi-même. Jésus énonce ce grand paradoxe en Jean 12.24-25 et d'autres passages. Ceux qui se détournent du mal, qui suivent la voie de la vérité et la justice, reçoivent comme récompense une vie à facettes multiples, riche et profonde.
Nous faisons trop de différence entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. Le même Dieu qui parlait à Israël parlait à son Église. Pierre n'hésite pas à proclamer un principe énoncé au début par Dieu à Israël.
Pour la deuxième fois dans sa lettre, Pierre parle directement de la souffrance de ces chrétiens (3.13-17 ; cf. 1.6-9). Souffrir pour avoir fait le bien n'est pas ce qu'on peut appeler "normal" (3.13) ; cependant, Pierre admet que la chose est possible, et il offre dans ce cas des conseils.
Ne souffrir que pour avoir fait le bien
Toute souffrance de la part de ceux qui portent le nom de Christ n'est pas forcément due au fait d'avoir accompli le bien. Certains comportements attirent toujours le blâme sur leurs auteurs, chrétiens ou non. Si un chrétien pratique le mal puis se cache derrière l'Église et se dit persécuté pour sa foi, il ne fait que rajouter à son iniquité. La souffrance qui a son origine dans la malhonnêteté, le mensonge, le vol, etc., n'apporte aucune bénédiction, bien entendu.
Dans l'éventualité (peu probable) où ses lecteurs auraient souffert pour avoir fait le bien, Pierre offre ces conseils (3.14), tirées des paroles d'Ésaïe : "Ne craignez pas ce que les hommes craignent, et ne soyez pas troublés" (Ésaïe 8.12). On peut persécuter ou même tuer le chrétien, mais pas plus. Pierre se rappelle sans doute les paroles de Jésus en envoyant les apôtres lors de ce qu'on appelle "la commission limitée" : "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme, craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhene" (Mt 10.28). L'épistolier aux Hébreux ajoute, citant Psaume 118.6 : "Le Seigneur est mon secours; je n'aurai pas de crainte. Que peut me faire un homme? (Héb 13.6).
Sanctifier le Christ dans son coeur
Le chrétien ne contrôle pas du tout les circonstances du monde extérieur. Les accidents et les mauvaises actions des gens sans Dieu font que parfois même les meilleures personnes souffrent horriblement. Bien qu'incapable de contrôler ses circonstances, on peut contrôler son coeur ; on peut sanctifier le Christ dans son coeur (3.15). Cela signifie réserver pour lui une place uinique, une place pour l'aimer, se dévouer à lui, l'adorer. Cela siginifie faire de l'obéissance à sa volonté la première priorité de la vie.
Être prêt à se défendre
Ensuite, Pierre déclare: "Soyez toujours prêts à vous défendre contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (3.15). Le mot traduit "défendre" vient du mot grec signifiant "faire l'apologie de", ce qui n'a rien à voir avec "trouver des excuses". L'apologétique concerne la défense de la religion ; elle présente une justification rationnelle de la foi chrétienne. Dans les premiers siècles de l'Église, ses ennemis accusaient les assemblées de flagrantes immoralités, de destructions des familles, de sédition contre le gouvernement et de supertition ignorante. Pour répondre à ces charges, les chrétiens érudits écrivaient des "apologies" adressés à l'empereur et à d,autres personnalités importantes du gouvernement afin de leur offrir une défense raisonnée et logique des enseignements et des pratiques chrétiens.
Au 20 ième siècle, les attaques sur l'intégrité intellectuelle de la foi chrétienne n'ont pas diminué. La conclusion trop rapide d'innombrables livres et documents télévisés est que la vie peut s'expliquer sans aucune référence à un Dieu quelconque. Les idéaux chrétiens de la famille et de la fidélité conjugale sont perdus dans les frissons d'une sensualité bon marché. L'intervention de Dieu dans la vie des hommes, telle qu'elle est racontée dans la Bible, est partout rejetée. Sans aucun doute, l'Église a toujours besoin de ses apologistes.
Les lecteurs chrétiens de cette lettre doivent se préparer à répondre, mais cela ne suffit pas en soi. Selon l'apôtre, les réponses doivent être données "avec douceur et crainte" (3.15). Bien des personnes qui cherchentsincèrement la vérité se détournent de Christ, non à cause du message, mais à cause de l'arrogance de ceux qui le présentent. Certains s'éloignent en secouant la tête, ne voyant aucune relation entre le message et le modèle présenté par le messager. Chaque enseignant de l'Évangile se présente en quelque sorte soi-même. Pour Pierre, une disposition douce et respectueuse est d'une extrême importance.
Garder une bonne conscience
Pierre emploie trois fois le mot "conscience" dans cette première lettre (2.19; 3.16, 21). Paul, lui, l'emploie plus souvent. Appeler à une bonne conscience, c'est appeler à l'intégrité personnelle. Faire des erreurs de jugement est une chose ; s'embarquer sur une voietout en sachant qu'elle est mauvaise, en est une autre. Selon Pierre, le chrétien intègre -- dont la vie st le modèle de sa foi -- confondra finalement celui qui calomnie le peuple de Dieu. La vie consciencieuse vécue par les chrétiens oblige leurs ennemis à considérer les revendications du message de Christ.
Plus tôt dans l'épître, Pierre montre Jésus comme exemple pour les serviteurs (2.18-21). A présent, il va faire la même chose dans le domaine de rendre le bien pour le mal (le Seigneur est toujours le modèle pour son peuple, en tout domaine). Par sa mort dans la chair pour les péchés de l'humanité injuste (3.18), Jésus nous rapproche de Dieu ; mais sa mort n'est pas tout. Par l'esprit, il a également été rendu vivant. L'ultime réponse chrétienne au problème de l'incrédulité repose sur la résurrection des morts.
Viennent ensuite deux des versets les plus difficiles du Nouveau Testament : 3.19-20. Comment devons-nous comprendre que Jésus a donné un enseignement "aux esprits en prison" qui étaient rebelles du temps de Noé ? La signification de ce texte est loin d'être évidente, même après l'évaluation de ses réels problèmes textuels et grammaticaux. Sans faire un examen détaillé de ses problèmes, nou nous contenterons de regarder deux points de vue sur ces versets.
Une première interrogation concerne l'expression "quant à l'Esprit" (3.18). Pour certains cette phrase adverbiale semble indiquer que Jésus a prêché non physiquement mais spirituellement aux rebelles de Noé. Il est vrai que la prédication de Noé, comme de tout homme inspiré, peut être considérée dans un sens comme celle de Jésus. Les esprits rebelles étaient "en prison", c'est-à-dire, dans la tombe, lorsque Pierre écrivait cette lettre ; mais ils avaient été vivants lorsque Jésus leur prêchait par les paroles de Noé.
La TOB traduit "C'est alors qu'il est allé prêcher", se basant sur le langage original qui n'exige pas nécessairement que l'Esprit soit l'antécédent de la phrase initiale. Ce qui fait dire à certains commentateurs qu'il s'agit de la mort de Jésus dans la chair et de sa vie dans l'Esprit. Autrement dit, le passagedirait que pendant le temps entre sa crucifixion et résurrection, le Seigneur serait allé en tant qu'Esprit dans le séjour des morts pour déclarer aux esprits en prison la victoire de Dieu sur le péché et la mort. Dans ce cas, il ne prêchait pas la repentance mais la gloire et la louange de Dieu pour son triomphe. La citation par Pierre en Actes 2.25-28 du Psaume 16.8-11 est considérée comme un soutien pour cette interprétation. Le fait que l'âme de Jésus ne soit pas restée dans le séjour des morts implique nécessairement qu'il s'y était trouvé.
Ces deux interprétations ont chacune leurs forces et leurs faiblesses, mais la première se conforme mieux à ce que nous savons de l'oeuvre de Jésus dans le rste du Nouveau Testament. Si ce passage affirme que Jésus est effectivement descendu dans le séjour après Golgotha, ce serait le seul du Nouveau Testament à le faire. Ainsi il me semble mieux d'indiquer que Jésus était présent dans la prédication de Noé aux gens qui vivaient avant le déluge, tout comme il l'était dans la prédication des prophètes (1.10-11).
Pierre mentionne Noé et sa famille à cause de la ressemblance entre le moyen de leur salut et celui des chrétiens (3.21) : les deux impliquent de l'eau. Noé et sa familleétaient sauvés quand la terre fut lavée d'une race impure ; les chrétiens sont sauvés quand ils sont lavés par le baptême. Entre utres, Pierre explique que le baptême est indispensable afin que la mort de Jésus pour les injustes soit efficace en vue du pardon des péchés. La frontière entre les sauvés et les non sauvés est précisément le moment du baptême. Ce baptême, dit Pierre, n'est pas une purification physique, mais un acte spirituel d'obéissance, qui consiste la réponse d'une bonne conscience. Le baptême est efficace en tant qu'acte de foi en Christ. La référence à Jésus assis à la droite de Dieu (3.22) vient du Psaume 110.1, un passage cité plusieurs fois dans le Nouveau Testament comme témoignage à la divinité et la souveraineté du Christ.
parmi les frères et soeurs de la famille de Dieu, on ne peut justifier qu'un chrétien se venge sur un autre pour des torts, réels ou imaginés. Lorsqu'un chrétien est insulté, il doit répondre par une bénédiction. En empêchant sa langue de dire du mal, il s'approprie les bontés et les douceurs de la vie.
Si nous devions souffrir pour avoir fait le bien, nous devons considérer que notre souffrance nous apporte des bénédictions. En Christ, nous ne craignons pas ce que craignebt habituellement les hommes. Au lieu de cela, nous sommes prêts à nous défendre devant quiconque demande la raison de l'espérance qui est en nous. En rendant le bien pour le mal, le Seigneur lui-même nous a donné l'ultime exemple. Il est mort pour les injustes, afin de pouvoir sauver tous ceux qui l'acceptent et lui obéissent. L'eau du baptême nous sauve de nos péchés par le sang de Christ, tout comme l'eau du déluge a sauvé Noé et sa famille.
"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)
Retour à la page principale