GLORIFIER DIEU EN TOUTES CHOSES

Un jeune père m'a dit : "Si seulement je pouvais avoir une meilleure perspective sur la vie ! Cet homme se faisait du souci parce qu'il n,arrivait jamais à trouver du temps pour sa famille. Même quand ses affaires n'étaient pas urgentes, il ressentait le besoin de travailler constamment. Sa vie tournait de plus en plus autour de son travail et, du coup, de moins en moins autour de sa famille. Il avait le sentiment qu'il renonçait au plus important en faveur du moins important dans la vie. Son problème était de ne pas savoir changer. Ses actions étaient inspirées plus par la compulsion que par la décision. Disons en sa faveur qu'il avait bien vu le problème : il lui fallait une nouvelle perspective sur la vie.

Personne ne va vouloir changer sa vie avant de découvrir que quelque chose ne va pas. Que nous soyons pris par le péché ou tout simplement distraits des vrais problèmes de la vie, pour rompre de mauvaises attitudes, il nous faut des ressources. Pour aider ses lecteurs à rompre la prise que le péché et l'indiscipline avaient sur leur vie, Pierre leur rappelle que "la fin de toutes choses est proche" (4.7). Cela permet d,avoir une nouvelle perspective sur la vie. L'Église du Nouveau Testament attendait le retour imminent du Seigneur.

S'ARMER DE LA PENSÉE DU CHRIST (4.1-3)

Tous ceux qui ont été témoins de la souffrance provoquée par le combat armé prennent très au sérieux ce supplice. Pierre souligne la gravité de la lutte chrétienne en choisissant un terme militaire pour exhorter ses lecteurs à être des modèles de bonté morale et d'intégrité personnelle : ils doivent s'armer de la pensée de Christ (4.1). Paul dit la même chose en Philippiens 2.5 : "Ayez en vous la pensée qui était en Christ-Jésus."

L'idée de Pierre en 4.1 se développe ainsi : 1) le Christ a souffert ; 2) les chrétiens doivent s'armer de cette même pensée ; 3) on doit souffrir et abandonner le péché. Pour discerner le lien entre ces pensées, il faut saisir le sens du verset 1, ce qui n'est pas une mince affaire. On peut lier ainsi les deux premières idées : la manière dont le Christ acceptait la souffrance devient un modèle pour la souffrance de son peuple. Dans la souffrance, donc, le chrétien doit s'armer de cette pensée, afin non seulement d'endurer, mais également de garder la bonne perspective sur cette souffrance. Comme il l'a déjà fait, Pierre donne Jésus comme exemple pour son peuple.

La dernière partie du verset 1 est plus difficile : "celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché". Deux interprétations ont été offertes. Selon la première, la souffrance influence positivement le chrétien. Celui qui a souffert pour le Christ possède une force et une détermination qu'il n'aurait pas autrement. Il a "fini avec le péché" en ce sens que le monde et la chair n'ont plus d'emprise sur lui.

La deuxième interprétation possible est que la phrase "souffert dans la chair" est une métaphore pour la mort, c'est-à-dire la mort pirituelle du vieil homme de péché. Pierre contraste la mort du chrétien au péché avec la vie qu'il reçoit du Seigneur. Dans le prochain verset, 4.2, il décrit la vie du chrétien. En plus, le contexte immédiat inclut le baptême chrétien (3.21). En Romains 6, Paul décrit le baptême comme la mort du vieil homme de péché et une résurrection vers une vie nouvelle. Romains 6.7 rappelle tout à fait ce passage de Pierre quand Paul écrit : "car celui qui est mort est quitte du péché". paul avait écrit à Rome plusieurs années avant cette première lettre de Pierre. pierre lui-même avait sans doute lu la lettre de paul. Pour ces raisons, la deuxième interprétations est sans doute la plus indiquée.

Il ne fait aucun doute qu'une ancienne vie de péché peut donner au chrétien une meilleure appréciation de la vie en Christ ; mais les vieilles habitudes sont difficiles à rompre. Pierre rappelle à ses lecteurs qu'ils ont bien assez participé aux pratiques de la convoitise, de la débauche, et du dérèglement (4.3). L'attrait de leur ancienne vie continue de les hanter et d'être un fardeau. La vie en Christ exige la mort de l'ancienne vie. Ils doivent donc résister à tout retour -- et tout compromis.

REFUSER UNE VIE DE DÉBAUCHE (4.4-6)

Dans les villes grecques de l'Asie Mineure, la vie sociale s'attachait diredtement au culte des idoles, avec l'ivrognerie et la sensualité qui l'accompagnaient. Pour les païens, la non participation des chrétiens aux cérémonies et aux jeux publics était la peuve de leur égoïsme et leur manque d'esprit de communauté.

Le rhétoricien Aélius Aristide (2ème siècle), critiquait les philosophes cyniques de son époque en les comparant aux nouveaux chrétiens :

Leur comportement est très semblable à celui
de ces blasphémateurs de la Palestine. Eux
aussi [les chrétiens] manifestent ouvertement
leur imoiété : ils ne reconnaissent pas ceux qui
leurs sont supérieurs ; ils se séparent des Grecs
et de tout ce qui est bon.

Par ces mots Aristide, un quasi contemporain de Pierre, accablait les chrétiens pour la même raison suggérée par l'apôtre : "Ils trouvent étrange que vous ne couriez pas avec eux vers ce débordement de débauche"(4.4).

L'abus verbal tel que celui utilisé par Aristide, c'était une chose ; mais l'abus verbal s'accompagnait souvent d'abus physique. Pour la plupart les chrétiens sortaient des couches démunies des populations des villes grecques. La haute société méprisait généralement les pauvres et les faibles. La ville de Pompeï fut ensevelie moins de quinze ans après cette première lettre de Pierre ; quelqu'un avait écrit sur un de ses murs : "Je hais les pauvres ; celui qui désire recevoir quelque chose pour rien est insensé. Qu'il paie, et il aura ce qu'il veut." Aux chrétiens pauvres, Pierre offre cette consolation : "[Ceux qui] vous calomnient (...) en rendront compte à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts" (4.4-5).

Quelle leçon trouve-t-on pour les chrétiens de notre siècle ? Je doute que les chrétiens du premier siècle étaient plus poussés que nous vers la débauche du monde. Les chrétiens qui évitent l'alcool, qui choisissent prudemment leurs divertissements, qui refusent d'admettre dans leur foyer la violence et la sexualité illicite télévisée, qui lèvent leur voix contre la taxation indirecte par loterie publique et contre l'avortement, les chrétiens dont les principes moraux déterminent ce qu'ils soutiendront et ce à quoi ils s'opposeront -- ces chrétiens-là seront mal considérés. On fera pression sur eux pour qu'ils se conforment. Les chrétiens de nos jours -- comme ceux de toute époque -- ont besoin des conseils de Pierre en 4.1-6.

En 4.6, Pierre écrit : "C'est pour cela, en effet, que les morts aussi ont été évangélisés, afin qu'après avoir été jugés selon les hommes quant à la chair, ils vivent selon Dieu quant à l'esprit." Notre compréhension de ce verset dépendra de notre interprétation de 3.19-20. Si ces versets signifient que le Christ est descendu dans un monde obscur pour déclarer sa victoire, alors 4.6 signifie que cet événement permit aux morts de vivre "selon Dieu quant à l'esprit". Allons-nous donc conclure que l'on peut mourir en dehors de Christ, perdu dans le péché, puis après la mort recevoir une deuxième occasion de se repentir et d'être sauvé ? Pas du tout ! Un regard plus approfondi du verset révèle ce qu'il en est. L'Évangile a été annoncé aux "morts". ils sont morts actuellement ; mais rien dans le verset n'indique qu'ils étaient morts au moment de l'évangélisation.

Si 4.6 enseigne que les hommes ont la possibilité de se repentir et d'être sauvés après la mort, il se trouve en contradiction avec d'autres passages du Nouveau testament. Hébreux 9.27-28 dit, par exemple : "Et comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, -- après quoi vient le jugement -- même aussi le Christ, qui s'est offert une seule fois pour porter les péchés d'un grand nombre, apparaîtra une seconde fois, sans (qu'il soit question du) péché, pour ceux qui l'attendent en vue de leur salut." En Jean 5.28-29 , Jésus parle de ceux qui , dans leur tombe, entendront sa voix et en sortiront. Certains en sortiront pour "la résurrection et la vie", alors que d'autres en sortiront "pour la résurrection et le jugement". Ces paroles ne laissent aucune place pour des conversions posthumes. D'autres passages donnent le même enseignement (1 Th 4.13-18 ; Rm 2.3 ; 14.10 ; 1 Co 4.5 ; 2 Co 5.10 ; 2 Pi 3.7, etc.) La conclusion qui s'impose ici est que l'Évangile a été prêché à des personnes qui, depuis, sont mortes. Si l'on devait les juger selon la stricte considérarion de leurs actions dans la chair, elles seraient condamnées ; mais à cause de leur foi en l'Évangile et de leur obéissance, elles seront sauvées. Pierre dit que ces personnes "vivent selon Dieu quant à l'esprit".

COMPRENDRE QUE LA FIN DE TOUTES
CHOSES EST PROCHE (4.7-11)

Les chrétiens ne s'attendent pas à ce que Christ revienne un jour ; ils attendent un retour imminent. Cela a toujours été le cas. paul termine la première lettre aux Corinthiens par les deux mots en araméen marana tha, ce qui signifie : "Viens, Seigneur!" Parmi les dernières paroles de la Bible sont celles-ci : "Amen ! Viens Seigneur Jésus !" ( Apoc 22.20 ). Paul dit : "Voici ce que je dis, frères : le temps est court" ( 1Co 7.29). Jacques ajoute : "Prenez patience, affermissez vos coeurs, car l'avènement du Seigneur est proche" (Jacques 5.8). La première Église attendait l'imminent retour du Seigneur, exactement comme il l'avait enseigné : "Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra" (Mt 24.42).

Presque deux milles ans se sont écoulés et l'Église de Jésus chante toujours :

dans sa gloire notre Maître
Bientôt va paraître.
Oui, bientôt nous allons être
Avec lui dans les cieux.

L'Église est une communauté "eschatologique", c'est-à-dire qui vit toujours à la fin des temps. ce qui donne à la vie chrétienne sa perspective et sa force, n'est pas la pensée abstraite que le Seigneur va venir "un jour", mais plutôt le fait que "la fin de toutes choses est proche" (4.7). L'urgence des impératifs qui suivent prend sa source dans cette réalité.

Avoir du bon sens

Marc écrit qu'après la guérison du démoniaque par Jésus, les gens du village vinrent voir ce qui se passait. A leur arrivée, ils trouvèrent l'homme qui avait eu la légion de démons "assis, vêtu, et dans son bon sens" (Mc 5.15). Le mot traduit "dans son bon sens" est le même qui est traduit "soyez donc sensés" en 4.7. Pierre exhorte ses lecteurs à être sensés, constants, dignes de confiance, autrement dit "dans leur bon sens".

Nous sommes plus aptes à être "sensés et sobres" quand nous nous rendons compte que la fin de toutes choses est proche. Ces paroles suggèrent pour le chrétien une approche sérieuse et raisonnée à la vie.

Avoir un amour mutuel fervent

La notion d'amour défie les définitions . L'amour comprend un lien émotionnel qui engage une personne à chercher le bien d'une autre, à avoir un esprit généreux de sacrifice. On peut difficilement en dire plus. Dans les moments de crise et de persécution tels que connaissaient les Églises e l'Asie MIneure, il était d'autant plus important que l'amour rattache les chrétiens les uns les autres, et au Seigneur. Devant les petites irritations et les faiblesses humaines qui venaient mettre à l'épreuve l'unité du corps, Pierre, citant le Proverbe 10.12, dit que "l'amour couvre une multitude de péchés" (4.8).

Être hospitaliers

Depuis les temps immémoriaux, l'offre de son hospitalité à des étrangers et à des invités a été une pratique quasi sacrée au Moyen Orient. L'arrivée de deux étrangers devant la tente d'Abraham en Genèse 18.1-8 illustre bien ce principe. L'épistolier aux Hébreux se réfère apparemment à ce passage quand il dit : "N'oubliez pas l'hospitalité ; car en l'exerçant, quelques-uns, à leur insu, ont logé des anges" (héb 13.2).

L'activité des prédicateurs et prophètes itinérants dans la première Église peut être la source de cette admonition de Pierre en 4.9. Au moment où Jean écrivait, la responsabilité chrétienne dans la question de l'hospitalité offerte aux enseignants itinérants était devenue un sujet de débat. Jean avertit que beaucoup de faux prophètes étaient sortis dans le monde (1 Jean 4.1). Les deuxième et troisième épîtres de Jean suggèrent que les chrétiens ne savaient pas toujours à qui ils devaient offrir leur hospitalité.

Mettre en oeuvre le don que Dieu a donné

Bien que Pierre ne mentionne que deux dons (l'enseignement et le service) parmi ceux que les chrétiens recevaient, il reconnaît sans doute les autres. L'un des enseignements les plus constants du Nouveau Testament est celui selon lequel les talents des chrétiens diffèrent ; mais quel que soit notre don, nous devons le consacrer librement au Seigneur. Profitons, en passant, des plus importants de ces enseignements.

L'avertissement de Jésus en Luc 12.48 attire notre attention : "On demandera beaucoup à qui l'on a beaucoup donné." Dans l'Évangile de Luc, la parabole des mines suit ce même avertissement (comp. Luc 19.11-27). En Matthieu nous avons la parabole des talents (Mt 25.14-30). Les détails peuvent être différents, mais le message est pareil : ne pas utiliser pour le service du Maître les talents qu'il nous donne , c'est mettre en danger notre relation avec Dieu.

En Romains 12.6, Paul écrit : "Nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a ét accordée." Puis il donne une liste de certains dons parmi ses lecteurs, avec une description de la responsabilité qui accompagne chacun de ces dons. En 1 Corinthiens 12.4, il dit : "Il y a diversité de dons, mais le même Esprit." En 12.7 il ajoute : "A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité (commune)."

Les instruction de Pierre à ses lecteurs en 4.10-11 enseignent la même responsabilité chrétienne dans l'utilisation des dons de Dieu. La différence chez Pierre se limite au fait qu'il se concentre sur deux dons spécifiques qui résument tous les autres. Au chrétien qui ale don de l'enseignement, Pierre dit d'enseigner "selon les oracles de dieu". La Bible FC traduit : "Celui qui prêche doit transmettre les paroles de Dieu." Un prédicateur ou un enseignant qui s'appuie dur tout autre message , aux dépens de celui que Dieu a révélé, est en train d'abandonner cette instruction apostolique.

Tous les chrétiens n'ont pas la capacité de parler ou de prêcher publiquement ; mais tous ont un talent à utiliser au service de Dieu et de son peuple. Pierre dit donc : "Si quelqu'un sert, que ce soit par la force que Dieu lui accorde" (4.11). Bien que le terme traduit "sert" soit la forme verbale du substantif "diacre", Pierre ne se limite pas dans ses remarques aux responsabilités des diacres. Servir, c'est être grand dans le royaume de Dieu (Mt 20.25-26). Si nous voulons plaire à Dieu, nous devons employer nos talents pour faire avancer ce royaume.

CONCLUSION

Les deux thèmes qui dominent la première lettre de Pierre -- la souffrance des chrétiens et le retour de leur Seigneur -- sont essentiels au message de 4.1-11. Après avoir fait allusion aux souffrances de Christ, Pierre exhorte les chrétiens à mourir aux anciens péchés qui dominaient leur vie. Si le peuple de Dieu écoute Pierre, l'opposition et la persécution auxquelles il fait face créeront chez lui une détermination renouvelée de vivre de manière sainte.

Parce que Pierre et ces chrétiens du premier siècle croyaient au retour imminent du Christ, il existait une sorte d'urgence dans les exhortations de l'apôtre. Ils ne disposaient que de peu de temps. ce qu'ils allaient faire, il fallait le faire vite. Il fallait enseigner ceux qui devaient être sauvés, il fallait les préparer à rencontrer le Seigneur. En 1.6, Pierre leur rappelle la grande joie que le Christ a amenée dans leur vie, "quoique vous soyez maintenant, pour un peu de temps, puisqu'il le faut, affligés par diverses épreuves". La souffrance ne devait pas continuer, car la fin de toutes choses était proche. Voilà également la réponse à la souffrance pour l'Église actuelle : le Seigneur revient bientôt. Nous vivons dans les derniers jours, et cette réalité nous donne la bonne perspective sur nos biens, nos connaissances, et notre vie." Amen ! Viens, Seigneur Jésus !"


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"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)

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