PARTICIPER AUX SOUFFRANCES DU CHRIST

Un certain groupement religieux aux Philippines observe une tradition intéressante dont on parle dans les journaux. Aux alentours de Pâques chaque année, quelques adeptes se font attacher une croix au dos et ils partent en procession, suivis d,autres adeptes. Arrivés à un certain endroit, ceux qui portent les croix y sont littéralement cloués ; les croix sont alors brièvement soulevées. Ceux qui font de telles choses sont évidemment sincères ; mais je suis convaincu que la phrase "participer aux souffrances du Christ" signifie autre chose entièrement. Quand les chrétiens participent à ses souffrances, dans le sens donné en 4.13, c'est parce qu'ils vivent et enseignent selon ce qu'à fait le Seigneur.

Ne pas être surpris de la souffrance (4.12-15)

Des quatre références de Pierre aux souffrances de ses lecteurs (1.6-7 ; 3.13-17 ; 4.12-19 ; 5.9-10), celle de 4.12-19 est la plus intense. Pour expliquer le changement abrupt de ton au verset 12 de ce chapitre, certains commentateurs vont jusqu'à dire que Pierre jusqu'à 4.11, puis mit la lettre de côté pour la reprendre plus tard après avoir reçu la nouvelle d'une intense persécution. Que ce soit ou non le cas, la doxologie du verset 11 suggère bien une rupture dans sa pensée entre les versets 11 et 12.

Lorsque les chrétiens essaient sérieusement d'enseigner et de vivre ccomme Jésus l'a fait, la persécution suivra, bien que ses méthodes et ses moyens varient. Paul est explicite sur ce sujet en 2 Timothée 3.12 : "Tous ceux d'ailleurs qui veulent vivre pieusement en Christ-Jésus seront persécutés." Quel paradoxe que le prince de la paix ait dit : "Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division" (Lc 12.51)! Pierre donne à ses lecteurs quelques conseils pratiques qui peuvent servir de ressource très appréciable à tout chrétien qui souffre pour avoir confessé le nom de Christ.

Il est normal de passer par des épreuves

Pourquoi voudrait-on maltraiter les chrétiens , au juste ? Au premier siècle, c'est de bonne foi que les hommes et les femmes croyaient en Christ, Fils de Dieu , l'acceptainet et se touvaient dans une communauté de personnes qui les soutenaient et les encourageaient dans cette voie. ils voulaient traiter tous les hommes comme des frères, éviter des péchés destructeurs, bien s'occuper de leurs familles et gagner leur vie honnêtement par un travail consciencieux. Pour eux, la persécution ne s'expliquait pas, ne se justifiait pas. Pierre n'offrit aucune explication ; il dit simplement que la persécution est une réalité inévitable (4.12).

Pourquoi la Rome impérale persécuta-t-elle les chrétiens des premiers siècles de notre ère ? Depuis à peu près un siècle, les érudits puisent dans les anciennes archives pour écrire leurs livres et pour répondre à cette question. Leur succès est tout au plus mitigé. Certains Romains s'opposaient aux chrétiens parce que ces derniers faisaient du prosélytisme. Origène, auteur du 3ème siècle, écrivit une réponse à un certain Celse, ennemi juré des chrétiens. Les écrits d'Origène ont survécu, mais nous ne connaissons. Celse qu'à partir des citations dans le texte d'Origène. Il décrivait les chrétiens comme "des cardeurs de laine, des cordonniers, des foulons, des gens de la dernière ignorance et dénués de toute éducation". Selon lui, les chrétiens s'acharnaient sur "les enfants de la maison ou des femmes qui n'ont pas plus de raison qu'eux-mêmes ", en essayant de les convaincre de la façon de mener leur vie. D'autres personnes se joignirent à Celse dans la persécution des chrétiens parce qu'ils les considéraient comme des perturbateurs de la vie familiale qui essayaient de persuader leurs enfants innocents et leus femmes incrédules de confesser le Christ.

Les non-croyants avaient peut-être d'autres raisons pour haïr les chrétiens ; mais une raison principale devait sûrement être celle-ci : les chrétiens étaient tout simplement bons. Les péchés de ceux qui mentent, volent et abusent des autres de toute autre façon semblent encore plus inexcusables par contraste avec une vie d'intégrité morale. Dans ses écrits, jean soulève une des raisons de la colère des impies contre les chrétiens à toutes les époques : "Ne faisons pas comme Caïn, qui était du Malin et qui égorgea son frère. Et pourquoi l'égorgea-t-il ? Parce que ses oeuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient justes. Ne vous étonnez pas, frères, si le monde a de la haine pour vous" (1 Jean 3.12-13). Lorsque les chrétiens plaident pour la vie que Jésus a vécue, ils ne doivent pas être surpris de la fournaise qui sévit parmi eux.

Participer aux souffrances de Christ apporte la joie

Pour Pierre, la raison des souffrances des chrétiens n'est pas aussi importante que son résultat. Quand ils sont opprimés, ils sont bénéficiaires du privilège de participer aux souffrances de Christ (4.13), ce qui est cause de joie. La joie de souffrir avec Jésus dans ce monde^précède la révélation de sa gloire. Quand cette gloire viendra, la joie présente sera transformée en une allégresse indicible.

Cette pensée -- que la souffrance des chrétiens les lie à la vie et au ministère du Fils de Dieu -- est exprimée ailleurs dans les Écritures. Paul écrit : "Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l'achève en ma chair , pour son corps, qui est l'Église" (Col 1.24). Paul veut peut-être dire que la vie d'obéissance à Dieu qui fit souffrir Jésus, fera souffrir également ses disciples. Il y a du travail à faire, en Christ. Quand le peuple de Dieu annonce l'Évangile et vit selon lui, il complète, dans un sens, l'oeuvre de Christ. De même, lorsqu'il est persécuté, il complète sa souffrance. Participer à l'oeuvre et aux souffrances du Christ est cause de joie.

L'Esprit de gloire, L'Esprit de Dieu repose sur vous.

Les béatitudes données en matthieu 5.1-12 ne sont pas les seules du Nouveau Testament. Jésus dit, dans le sermon sur la Montagne : "Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on répandra faussement sur vous toute sorte de mal, à cause de moi" (v.11). Il est possible que Pierre soit en train de citer une parole du Seigneur ; dans tous les cas, il est à noter que les mot traduits "outragés" et "heureux" en 4.14 viennent des mêmes termes grecs employés en Matthieu 5.

Aux chrétiens qui souffrent injustement, Pierre dit : "L'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu repose sur vous"(4.14). Mais le grec shekinah permet une bien plus grande accentuation de cette idée de gloire. On pourrait paraphraser ainsi : "L'aura de la présence glorieuse de Dieu et l'Esprit de Dieu, reposent sur vous". Par exemple, nous lisons en Exode 24.15-16 : "Moïse monta sur la montagne, et la nuée couvrit la montagne. La gloire de l'Éternel demeura sur le mont Sinaï." Dans les écrits juifs plus tardifs, le mot shekinah est utilisé pour désigner la merveilleuse présence de la gloire de Dieu. Pierre veut peut-être dire que dans un sens spirituel, l'aura glorieuse de la présence de Dieu entoure ces chrétiens lorsqu'ils sont humiliés et insultés pour son nom.

Souffrir pour le bien, jamais pour le mal.

La première épître de Pierre n'arrête pas d'appeler le peuple de Dieu à une vie sainte. Cette pensée est aussi essentielle à ce livre que celles de la souffrance et du retour du Christ. L'apôtre fait un premier appel à la sainteté en 1.14, un deuxième en 2.12 (comp. celui de 4.15), un troisième par rapport aux serviteurs en 2.20, un quatrième aux femmes en 3.12, et un cinquième en 3.8-17.

Arrivés au 4.15, nous voici encore dans ce même thème : "Que nul de vous ne souffre comme meurtrier, comme voleur, comme malfaiteur ou comme se mêlant des affaires d'autrui." Tous ces termes sont plutôt clairs, sauf le quatrième, bien plus difficile à traduire. La Bible de Jérusalem traduit "délateur" et la Chouraqui "receleur". Le terme grec, qui ne se trouve nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament, même dans les écrits profanes antérieurs au Nouveau Testament, semble signifier par ailleurs "un fauteur de troubles", "un magicien", "un cupide", un révolutionnaire". Certains commentateurs suggèrent même que Pierre inventa le mot. Mais le terme reste obscur et les meilleurs étudiants du grec n'arrivent pas à le définir exactement.

NE PAS AVOIR HONTE DE PORTER
SON NOM (4.16-18)

Si c'est une honte pour l'enfant de Dieu de souffrir en tant que malfaiteur, la souffrance en tant que chrétien est, selon, Pierre, une occasion de glorifier Dieu (4.16). Le mot "chrétien" n'est employé que trois fois dans le texte du N.T. : ici et deux fois dans Luc (Ac 11.26 ; 26.28). Il est tout à fait possible que ce terme fut utilisé comme un sobriquet par les non-croyants ; mais les gens portent souvent volontairement et avec dignité les insultes de leurs ennemis. Les habitants de l'État de Virginie Occidentale (USA) sont souvent appelés, de manière péjorative, "péquenots". Mais la plupart de ces habitants portent avec plaisir ce nom, car il les ientifie comme originaires d'un état d'une beauté montagneuse et verdoyante. Il est difficile de railler quelqu'un quand il prend l'insulte pour badge. Pour ceux qui croient que Jésus est le Christ et qui sont heureux de le servir, aucune auttre description ne peut -être aussi appropriée que celle de chrétien.

Les premiers chrétiens acceptaient volontiers ce nom, mais ils comprenaient mal pourquoi Dieu leur permettait de souffrir. Pour eux, il semblait que la justice avait fait ses valises et quitté le monde. Nous avons aussi cette même impression, parfois. Les innocents souffrent, les gens biens sont écrasés par ceux qui ont le pouvoir, la richesse, l'influence. De Job à Jérémie, en passant par les Psaumes, la même complainte se fait entendre : "Il n'y a pas de justice dans ce monde" (comp. Job 24.1 ; Ps 10; Jérémie 12.1-2). Les chrétiens d'Asie Mineurese demandaient sans doute pourquoi Dieu n'exerçait pas son jugement contre les oppresseurs. La réponse de Pierre. Dieu jugera, en son temps et à sa manière. De cela on peut être certain (4.17).

Aussi étrange que cela puisse paraître, Pierre considère que les souffrances mêmes de ses lecteurs sont la preuve que le jugement viendra. Il a déjà commencé, par la maison de Dieu. Comme aux jours du prophète Habacuc, Dieu utilise un peuple encore plus méchant pour châtier et réprimander ceux qui l'invoquent comme Seigneur. Et comme Habacuc dit clairement que Dieu -- en son temps -- allait juger les Chaldéens, Pierre rassure ses lecteurs que Dieu jugera leurs oppresseurs.

cette assurance nous rappelle de nouveau que pour Pierre et ses lecteurs, la fin fin est proche 4.7). Déjà ils voient l'évidence de sa main puissante qui châtie, qui forme, qui prépare son peuple comme l'or raffiné par le feu (1.6-7). Son jugement a commencé. Et si ce jugement commence par les chrétiens, demande Pierre rhétoriquement, "quelle sera la fin de ceux qui n'obéissent pas à l'Évangile de Dieu ?" (4.17). Cette expectative confiante les console et leur donne de la force pour continuer leur lutte et pour transformer le monde. ceux qui savent qu'ils vivent à la fin des temps prennent toutes leurs décisions en fonction d'une perspective adaptée.

Il me semble que l'Église du Seigneur a besoin de s'examiner profondément sur le sujet de son attente -- ou manque d'attente -- du retour du Seigneur. Si l'on admet que les chrétiens sincères font l'objet d'une opposition dans le monde contemporain, force est de constater que par comparaison à l'expérience des lecteurs de la première lettre de Pierre, cette opposition est très peu sévère. Il est possible que cet état des choses est dû au fait que le monde moderne est plus bienveillant et tolérant que celui du premier siècle. Ce qui st encore plus probable, c'est que cette opposition moindre correspond à un manque d'urgence vécue dans l'Église moderne par rapport à sa tâche dans le monde.

Pierre cite Proverbes 11.31 : "Et si le juste esr auvé difficilement, que deviendra celuiqui est impie et pécheur?" (4.18). Ces mots n'auront aucun sens pour nous si nous ne saisissions ni la difficulté avec laquelle les justes sont sauvés, ni le jugement imminent des injustes. Pour que l'Église soit renouvelée, il faut qu'elle attente, dans une réelle expectative, le retour du Christ, comme le faisaient les premiers chrétiens. "La fin de toutes choses est proche." Amen! Viens, Seigneur Jésus!"

NE PAS AVOIR PEUR DE SE FIER AU
FIDÈLE CRÉATEUR (4.19)

Pierre vient ensuite au principe de base qui consiste à savoir affronter la souffrance qui a dominé la vie de ses lecteurs depuis qu'ils sont devenus chrétiens. Il donne deux conseils.

Remettre son âme au fidèle Créateur

Remettre quelque chose à quelqu'un, c'est lui faire confiance pour cette choses. Le mot grec traduit "remettre" en 4.19 est employé par Paul en 2 Timothée 2.2 : "Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoups de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l'enseigner aussi à d'autres."

Devenus adultes, la plupart d'entre nous ont eu quelques mauvaises expériences dans ce domaine. On s'est confié aux autres, on a remis une partie de soi-même à un autre, et on a été trahi quelquefois. Il devient ainsi de plus en plus difficile de nous confier à quelqu'un ou à quelque chose. nous considérons que moins nous dépendons des autres, mieux c'est. Il y a là un problème, bien évidemment, car en fin de compte, personne ne se sufffit à soi-même.

Toute chair st de l'herbe, Et tout son éclat
comme la fleur des champs (Es 40.6)

Pierre cite ce passage en 1.24. Il ne peut pas répondre à toutes les questions de ses lecteurs au sujet de leur souffrance, pas plus que ne le pouvait Job au sujet des siennes ; mais Pierre sait qu'il n'existe qu'une seule personne à qui nous pouvons nous en remettre. En exhortant ses lecteurs à se donner à leur fidèle Créateur, Pierre leur livre la conclusion de Job :

Je reconnais que tu peux tout,
Et qu'aucune réflexion n'est inaccessible pour toi (Job 42.2).

Continuer à faire le bien

Il existe des manières différentes de traduire cette dernière phrase de 4.19. La Colombe traduit : "en faisant le bien", comme si l'on remettait son âme au fidèle Créateur par le fait d'accomplir le bien. La Bible du Semeur traduit : "qu'ils (...) s'en remettent entièrement au Créateur, qui est fidèle, et qu'ils continuent à faire le bien". Dans ce cas les deux actes sont présentés comme distincts. Mais, s'en remettre à Dieu n'est pas une abstraction ; on se confie à Dieu par ce même bien que l'on pratique. En plus, c'est en faisant le bien qu'on apprend à s'en remettre à Dieu. Les abstractions théologiques et élevées ne m'ont jamais attiré. Il est étonant de voir à quel point notre amour peut être fervent dans le contexte d'un petit groupe d'amis assis en cercle, à Bible ouverte, et par contraste, à quel point nous sommes capables d'un comportement démoniaque dans le monde.

Bin que le texte juif appelé le Talmud nous semble ennyeux dans son ensemble, il contient néanmoins quelques perceptions profondes. Un disciple s'approcha d'un rabbin pour lui demander : "Comment puis-je apprendre à aimer le Seigneur ?" Le sage répondit : "Imagine ce que tu ferais si tu aimais le Seigneur comme tu le veux. fais cela, et tu l'aimeras." La recommandation de Pierre à ses lecteurs est semblable : "Remettez-vous-en à Dieu". Comment faire cela ? En agissant comme si nous étions engagé envers lui. On dit que nos attitudes déterminent nos actions : le contraire est également vrai.

CONCLUSION

La "fournaise ardente" qui occupe une si grande partie de la première lettre de Pierre est placée devant nous en 4.12-19 avec une force inconnue dans le reste du texte. Comme il l'a déjà fait ailleurs, Pierre dit aux chrétiens de répondre à la persécution de deux manières : 1) en renouvelant leur engagement à vivre saintement, et 2) en attendant le retour du Seigneur. Ce n'est donc pas le message qui change dans ces versets, mais l'urgence qui se fait plus ressentir. Devant la sévérité des épreuves de ses lecteurs, Pierre leur rappelle un jugement dont ils voient déjà les débuts. Il raisonne du plus petit au plus grand, en posant la question : Si le jugement de Dieu qui éprouve les chrétiens est dur, quel effet aura-t-il donc sur ceux qui n'obéissent pas à l'Évangile?

Ce passage comporte un grand message pour l'Église de nos jours : nous vivons dans les derniers temps, le Seigneur revient bientôt. Si nous participons à sa souffrance dès à présent, nous serons un peuple béni, et notre joie sera indescriptible quand la gloire de Dieu sera révélée.

MERCI DE VOTRE VISITE

"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)

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