La différence entre le bon mot et le mot pas tout à fait correct, dit-on, est comme celle qui existe entre l'éclair d'orage et l'éclair et l'éclair au chocolat. Cette première lettre de Pierre se développe avec la force de l'éclair qui accompagne la foudre. Au chapitre 5, les impératifs tombent en rapide succession : "Faites paître le troupeau de Dieu" ; "[devenez] les modèles" ; "soyez soumis" ; "humiliez-vous" ; "déchargez-vous sur [le Seigneur] de tous vos soucis" ; "soyez sobres" ; "veillez" ; "résistez (...) fermes en la foi". En même temps, Pierre ajoute, entre les impératifs, des paroles de louange et de réconfort.
Les lecteurs de cette lettre reçoivent le genre de conseils qu'ils attendent et auquel ils ont droit, venant de l'un des douze et même de l'un des trois du cercle intime du Seigneur. Dans ce dernier chapitre, Pierre en appelle à la vigilance et à la persévérance ; et il offre des conseils aux anciens et aux jeunes.
Dans les deux restaments de la Bible, la fidélité à Dieu implique une loyauté dans le sein d'une communauté. Dans le premier, il s'agissait de la nation d'Israël ; dans le second il s'agit de l'Église du Christ. Quand un prédicateur du monde gréco-romain amenait à Christ les premiers convertis d'une ville, il n'avait fait que commencer le travail ; selon Paul à Tite, il fallait encore "[mettre] en ordre ce qui reste à régler" (tite 1.5).
Quelques temps après le début de l'existence d'une assemblée, on devait choisir des hommes mûrs comme anciens pour la guider et la surveiller. Paul et Barnabas firent nommer des anciens dans les assemblées fondées pendant leur premier voyage missionnaire (Ac 14.23), et Paul donna ses instructions à Timothée et à Tite concernant le genre d'hommes qui devaient servir comme anciens.
Le terme "ancien" porte un riche héritage en Israël. Dans les livres de la loi, Moïse consulte souvent les "anciens" et s'appuie sur leur sagesse. A la suite de l'établissement d'Isaraël en Canaan, on entend souvent parler des "anciens de la ville". Les anciens étaient les hommes plus âgés qui avaient fait preuve de sagesse. Ils avaient élevé des enfants obéissants et s'étaient montrés des modèles de pureté et de sainteté. De même, un ancien dans l'Église occupe une position d'honneur, de respect et de responsabilité.
En fait, le terme "ancien" n'est qu'un des trois termes employés dans le Nouveau Testament pour désigner cette fonction qui consiste à servir l'assemblée comme guide spirituel. Les anciens sont également des "évêques" ou surveillants (Ac 20.28) et des pasteurs (Ac 20.28 ; 1 Pi 5.4). Ce dernier terme était le plus pittoresque, étant donné son lien avec la fonction de berger. Pierre emploie les trois termes en 5.1 et 5.2. Il dit aux anciens de faire paître le troupeau (d'être les bergers, les pasteurs) et de le surveiller. Notons au passage que lorsque le N.T. mentionne les anciens, ils sont toujours au pluriel.
Les anciens -- surveillants, bergers -- de l'assemblée ne sont pas à confondre avec l'évangéliste qui, lui est un héraut, un prédicateur de l'évangile. Bien que ce dernier puisse servir longtemps dans la même assemblée, son travail reste la prédication de la Parole, et non la direction de l'assemblée. Il ne devient pas pasteur en raison de ses responsabilités d'évangéliste. En 5.1-4, Pierre s'adresse aux anciens, les guides spirituels des Églises en Asie Mineure. L'apôtre connaît l'importance pour l'Église d'avoir des dirigeants capables et bien équipés, surtout dans les moments de crise.
Pierre s'adresse donc à des hommes qui partagent avec lui le rôle et la responsabilité d'ancien. Peut-être était-il l'un des anciens de l'Église à Jérusalem ; ou bien il pouvait être ancien à Rome ou dans une autre assemblée. comme le N.T. ne mentionne jamais des anciens itinérants, nous devons conclure que Pierre était ancien dans une assemblée particulière, bien qu'il ne l'ait pas identifiée.
Non seulement Pierre est-il un ancien comme les autres, mais il est "témoin des souffrances du Christ" (5.1). Il est comme eux, mais plus encore. Sa présence au moment des souffrances du Seigneur fait rappeler qu'il est non seulement ancien, mais apôtre (Ac 1.21-22). Le retour du Seigneur n'est jamais loin de la pensée de Pierre. Sa grande espérance est de partager avec ses lecteurs "la gloire qui doit être révélée" (5.1). Dans ce but, il offre ces quelques exhortations.
Faites paître le troupeau
il ne s,agit pas seulemt de nourrir le troupeau, mais d'être en plus son accompagnateur, son protecteur et son guide. Le personnage du berger en Israël jouissait du respect folklorique de ses concitoyens, un peu comme le cow-boy pour les Américains modernes. Le berger se sacrifiait pour ses brebis. Quand les prophètes cherchaient ine image pour décrire la relation entre Dieu et Israël, ils ne trouvaient aucune analogie meilleure que celle du berger. La description par Ésaïe du berger d'Israël comporte ces applications au travail d'un ancien :
C'est d'une telle perspective que Pierre encourage les bergers de l'Église.
Veillez sur lui
La phrase traduite "qui est avec vous" dans la Colombe contient l'idée de ce "qui vous a été confié" (comp. TOB, FC). La Bible du Semeur traduit : "Veillez sur lui", développan ainsi la pensée complète de cette phrase. Ainsi, comme le terme "pasteur" ou "berger" se trouve défini dans l'expérience nationale d'Israël, le mot episkopos ("surveillant") était connu et employé dans un contexte de responsabilités fixes dans toutes sortes d'organisations, y compris celle de nature religieuse. Le travail du surveillant était de veiller, d'être gardien. Dans sa lettre envoyée à l'Église de Corinthe vers la fin du premier siècle , Clément de Rome appela Dieu le "créateur et le gardien [épiskopos] des âmes". Pierre appela Jésus "le berger et le gardien [épiskopos] de vos âmes" (2.25). Les anciens / surveillants veillent sur les âmes de ceux qui leur sont confiés. Ils le font en veillant sur l'enseignement et la mise en pratique de la Parole dans l'assemblée, de manière à ce que tout ce qui se fait et se dit soit à la gloire de Dieu.
Soyez des modèles
Cette exhortation de 5.3 est précédée par trois précisions : on ne doit servir d'ancien 1) ni par contrainte, 2) ni pour un gain personnel, 3) ni pour pouvoir exercer une autorité sur les autres chrétiens. L'ancien doit soumettre tous ses dons au Seigneur. A cause de son rôle de dirigeant, il doit veiller surtout sur son propre exemple, en parole et en actions.
Pourquoi un homme voudrait-il être ancien dans l'Église du Seigneur ? N'y a-t-il pas assez de travail pour chaque chrétien, sans que l'on se sente obligé d'accepter d'autres responsabilités encore ? Pierre répond à cette question : premièrement, celui qui en a la capacité doit le faire, selon l'enseignement de 4.10 : "Puisque chacun a reçu un don, mettez-le au service des autres en bons intendants de la grâce si diverse de Dieu." Deuxièmement, "la couronne incorruptible de la gloire" (5.4) attend ceux qui servent avec fidélité.
Deux mots grecs sont traduits "couronne" : le premier désigne la couronne d'un roi, le deuxième un diadème, la couronne du vainqueur. C'est le deuxième terme qui est employé dans ce passage. L'athlète recevait une couronne d'un grand honneur mais faite de feuilles seulement et destinée à flétrir. Ce ne sera pas le cas pour la couronne accordée par le "souverain pasteur" à ses fidèles serviteurs, lors de son retour. Servir comme ancien, c'est participer au but et au destin du bon berger lui-même.
Pour être un bon "leader", il faut avoir des personnes qui désirent suivre. Les anciens ne peuvent exercer leur direction spirituelle que par la bonne volonté de ceux qu'ils servent. Ils ne sont pas comme le superviseur dans le monde du travail, qui dirige par le contrôle du salaire, ou comme le supérieur militaire qui peut employer la force. Il incombe aux chrétiens d'accepter volontairement la direction de ceux qu'ils choisissent comme dirigeants spirituels. Voilà pourquoi Pierre mélange ses conseils aux jeunes chrétiens avec ses admonitions aux anciens.
Pierre dit aux jeunes de se soumettre de bon coeur aux dirigeants de l'Église. Or, la soumission signifie dans beaucoup de contextes un désavantage ou bien une faiblesse ; mais ceci n'est pas le cas lorsque cette soumission est offerte librement. Les jeunes ne doivent pas se soumettre par nécessité, pa plus que les anciens ne doivent accepter leur responsabilité par nécessité. Tous doivent présenter leur dons différents "en bons intendants de la grâce si diverse de Dieu" (4.10).
Pour bien suivre, il faut une bonne dose d'humilité. Pierre encourage ce trait chez les jeunes de son temps. Le terme grec traduit "revêtez-vous" ne se trouve qu'ici dans le N.T. et très rarement dans les écrits profanes. Il suggère une modeste tunique maintenue par un lien autour de la taille. Selon certains commentateurs, c'était le vêtement qui caractérisait l'esclave ; cela voudrait dire que Pierre exhorte ses lecteurs à servir dans n'importe quel humble service utile à l'Église. D'autres maintiennent que seul le vêtement des riches était lié autour du corps et attaché par un noeud. Dans ce cas, l'apôtre décrivait à ses lecteurs la gloire de leur vêtement d'humilité aux yeux de Dieu.
Bien qu'il soit quasiment certain que Pierre n'envisageait pas les deux idées, il n'est guère nécessaire de choisir entre elles pour profiter de ses paroles. Le fait est que la personne qui est humble possède une qualité de caractèrequi lui permet de chercher les moyens de servir le Seigneuret son peuple, que ce service soit ou non remarqué. Cette qualité est "d'un grand prix devant Dieu" (3.4). Ainsi :
Une des idées principales des deux testaments est celle selon laquelle Dieu abaisse les grands et élève les humbles. Dans le beau cantique de louange d'Anne, se trouvent donc ces paroles :
Les paroles de Marie sont semblables :
Jésus lui-même dit à trois reprises : "Qui s'élèvera sera abaissé, et qui s'abaissera sera élevé" (Mt 23.12 ; Luc 14.11 ; 18.14). Pierre et Jacques exhortent les chrétiens à s'humilier sous la puissante main de Dieu et promettent que Dieu les élèvera (comp. Jacques 4.10). Nous pouvons en toute sécurité nous humilier devant Dieu et nous décharger sur lui de tous nos soucis, car Dieu s'occupe de nous.
Pour la troisième fois, Pierre exhorte ses lecteurs à être sobres (voir 1.13 ; 4.7). La maîtrise de soi et la vigilance sont d'autant plus nécessaires que le diable, le grand ennemi du chrétien, rôde dans le monde comme un lion, cherchant qui dévorer (5.8). Il est possible et même probable que Pierre considère la puissance impériale romaine -- source de la "fournaise" d'épreuves (1.6-7 ; 4.12) qui menace de dévorer les chrétiens -- comme la personnification du diable.
En Jacques 4.7, le frère du Seigneur dit : "Résistez au diable, et il fuira loin de vous." Pierre exhorte ses lecteurs dans ce même sens, mais il relie cette résistance aux persécutions auxquelles il se réfère dans cette lettre. La résistance au mal renforce la fraternité du peuple de Dieu. Savoir que d'autres dépendent de nous, nous encourage à faire le bien. Récemment un frère m'a dit : "J'ai bien souvent surmonté une tentation par la simple pensée que des gens de bien s,attendaient à ce que je fasse le bien."
En s'approchant de la fin de sa lettre, Pierre rappelle à ces chrétiens que le Dieu qu'ils servent est un Dieude bonté et de grâce. dans les tous premiers versets, il les a rassurés en leur disant qu'ils étaient un peuple choisi ; il est donc convenable qu'il leur dise à la fin qu'ils sont un peuple à part, appelé "à sa gloire éternelle" (1.10). Leur souffrance ne doit durer que peu de temps (comp. 1.6), parce que le Seigneur doit revenir bientôt. La faiblesse et l'impuissance seront alors englouties par la force. Dieu les rétablira et les rendra inébranlables.
Selon la coutume, Pierre envoie à ses lecteurs les salutations de l'Église où il se trouve. Dans ce cas, les dernières remarques constituent l'un des éléments les plus contestés de la lettre. Cette phrase mystérieuse se traduit littéralement : "Elle (pronom féminin) de Babylone, élue avec vous, envoie des salutations". En grec, le substantif normalement traduit "Église" est au féminin. Il faut donc comprendre, sans doute que Pierre se réfère à l'Église qui se trouve à Babylone. Nous avons déjà exprimé l'avis que le mot "babylone" désigne la ville de Rome. Dans les écrits juifs en dehors du Nouveau Testament -- et dans l'Apocalypse (18.9-10,etc.) --Babylone est "la grande ville" qui r`gne sur "les rois de la terre".
Jean-Marc se joint à Pierre dans la conclusion de la lettre. Selon la tradition ancienne, l'Évangile de Marc jouit de l'autorité de Pierre. Il est tout de même intéressant de trouver Jean Marc à Rome vers la fin de la vie de l'apôtre. La dernière mention de Marc dans le livre des Actes se trouve en Actes 15.39. Et pourtant, Paul demanda à Timothée d'amener Marc avec lui lorsqu'il viendrait à Rome (2 Tm 4.11), ce qui indique peut-être que la lettre de 2 Timothée fut écrite avant celle de 1 Pierre.
Ce n'est qu'une courte letttre, mais la première épître de Pierre renferme un trésor d'informations et d'enseignements. Nous avons essayé de nous poser continuellement deux questions : 1) Que voulait dire Pierre à ses premiers lecteurs ? 2) Comment pouvons-nous appliquer ses paroles à l'Église du monde contemporain ?
L'épître contient trois pensées principales :
1) Les premiers lecteurs étaient persécutés pour avoir porté le nom de Christ. Le texte est écrit pour u contexte de souffrance ; et Pierre y fait référence spécifiquement en 1.6-7 ; 3.13-17 ; 4.12-19 ; 5.9-10.
2) On pouvait endurer la souffrance pour un peu de temps, puisque le Seigneur devait revenir bientôt. Les chrétiens vivaient dans l'attente de ce retour.
3) Les chrétiens devaient vivre de manière sainte. Quand l'Église moderne apprend ces leçons, elle se dote de la force et du courage nécessaires pour être l'influence marquante que Dieu veut qu'elle soit dans le monde.
"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)
Retour à la page principale