Lorsqu'ils rencontrèrent le Seigneur sur le Mont des Oliviers après sa résurrection, les disciples ne savaient pas à quoi s'attendre. Pendant les quarante jours qui s'étaient écoulés depuis la crucifixion, ils avaient été témoins de choses qu'ils n'auraient jamais cru possibles. Le Seigneur leur parlait de la venue de l'Esprit Saint et de l'établisssement de son royaume. Ils essayaient de comprendre, mais ne pouvaient être sûrs de ce qu'il voulait dire. Juste au moment où ils croyaient pouvoir l'interroger là-dessus, se produisit l'évènement dont on parlera jusqu'à la fin des temps : Le Seigneur remonta vers les cieux.
luc écrit que pendant que les disciples regadaient étonnés, deux hommes en vêtements blancs se présentèrent et dirent : "Vous Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vos à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, reviendra de la même manière dont vous l'avez vu aller au ciel" (Ac 1.11). Depuis le temps de la promesse faite par ces deux hommes, peu de sujets ont suscité plus d'intérêt -- ou de controverse -- que l'époque et les conditions de ce retour du Seigneur. Comme cela est démontré dans les lettres de Paul, ces questions se posaient déjà du temps du Nouveau Testament. Dans l'Église à Thessalonique, la spéculation sur le retour de Jésus avait conduit certains à décider d'arrêter leur travail et à gaspiller leur temps, jusqu'à ce que l'évènement se produise (1 thess 5.1-3 ; 2 thess 2.1-2 ; 3.6-12).
À travers les siècles et jusqu'à aujourd'hui, la spéculation et la controverse sur ce sujet continuent. Depuis un siècle, bien des groupements religieux enseignent une variété de doctrines prémillénaristes. Brandissant leurs schémas chronologiques complexes, les experts parlent de l'enlèvement, de la bataille d'Harmaguédon, de la reconstruction du temple, etc. Au moment où l'un de ces experts pense avoir tout compris, un autre se pointe avec de nouvelles données. Les livres "best-sellers", des films et des conférences sur la fin des temps témoigne de l'immense intérêt que suscite le sujet du retour du Seigneur, un intérêt qui dure depuis deux mille ans.
Comme pour la première épître, le dernier chapitre de 2 Pierre vise le retour du Seigneur ; mais cette fois-ci l'approche est différente. dans 1 Pierre, le retour du Seigneur était toujours présent à l'esprit de l'auteur et le sujet tissé dans la toile de l'épître. En revanche, dans 2 Pierre l'auteur enseigne ouvertement sur la deuxième venue du Christ. Car certains doutaient de ce retour. Pierre clôture cette épître par l'affirmation que le Seigneur apparaîtra subitement. au moment où les moqueurs s'y attendront le moins, et ce pour juger les impies.
Deux fois dans cette deuxième lettre, Pierre dit son intention de faire appel aux souvenirs de ses lecteurs (1.12-13 ; 3.1). Dans un sens général, c'est là le but des deux lettres : "éveiller en vous une claire intelligence, afin que vous vous souveniez" (3.1-2). Mais Pierre vise maintenant un sujet particulier de l'enseignement des prophètes et des apôtres, un sujet important pour ses lecteurs (3.2). Parce que certains chrétiens ont soulevé des questions et des doutes, ils ont besoin qu'on leur rappelle que le retour promis du Seigneur est une doctrine fondamentale de l'Église. Les disciples du Christ doivent vivre dans l'attente -- non dans l'exigence -- d'un retour imminent du Seigneur. S'il tarde pendant mille ans, ils ne sont pas déçus, car ils ont vécu comme s'il devait revenir immédiatement.
Entre la parabole qui termine le chapitre 24 de Matthieu et celle qui ouvre le chapitre 25, nous observons une transition subtile mais importante dans la pensée exprimée. Le mauvais serviteur de Matthieu 24.45-51 s,attendait à ce que son maître tarde à revenir. Alors qu'il se trouvait au milieu de ses égarements, son maître revint et lui fit partager le sort des hypocrites, avec "des pleurs et des grincements de dents" (Mt 24.51). La parabole des dix vierges est tout le contraire. Les cinq vierges folles s'attendaient à ce que l'époux vienne tôt, mais il tarda. Or, un changement d'optique semblable s'opère entre 1 et 2 Pierre. Dans 1 Pierre l'imminence retour du Seigneur constitue un réconfort pour les chrétiens qui souffrent ; dans 2 Pierre l'attente d'un retour imminent -- et qui ne se produit pas -- fait douter l'Église.
Les faux enseignants décrits par Pierre dans 2 Pierre 2 font sans doute partie des moqueurs qui s'écrient : "Où est la promesse de son avènement?" (3.4). Pierre leur rappelle que le Dieu qui créa le monde est capable aussi de jiger (3.5), ce qu'il a déjà fait une fois, par le déluge, quia lavé le monde ancien. La génération de Noé refusa la Parole de Dieu qui les avertissait, ce qui amena le jugement sur eux (3.6). Pierre dit que le même Dieu qui jugea le monde antédiluvien réserve le monde présent pour le feu (3.7). Sa Parole garde en réserve le monde actuel " en vue du jour du jugement et de la perdition des impies" (3.7).
Parfois je suis découragé par le manque d'influence de L'Église du Seignewur sur le monde. Peu de gens de notre époque semblent s'intéresser au messager du Christ. Pour beaucoup, la fidélité conjugale n'a pas de sens. Dans nos sociétés occidentales, le mariage n'est pas considéré comme permanent et donc les foyers ne sont pas stables. Les statistiques font état d'un taux d'échecs dans les mariages allant de 33% à 50%. Des millions de couples vivent ensemble sans se marier. La moitié des enfants d'âge scolaire vivent avec un parent seul ou avec des beaux-parents.
il semble que Satan gagne la bataille pour les esprits et les âmes. Les gouvernements reçoivent l'argent des loteries nationales et locales ; des millions de gens vivent dans les ténèbres de l'alcoolisme et de la drogue ; la pornographie et l'avortement sont monnaie courante ; le crime et la corruption vont en augmentant. Que dire de plus ? Les chrétiens sont peu nombreux, que peuvent-ils faire ? On serait tenté de se cacher derrière les murs de nos locaux et de laisser passer le monde, mais cela n'est pas une solution. Les tentacules du péché viennent jusque dans l'Église : l'iniquité du monde nous attire, nous et nos enfants. Même les chrétiens sont pris par le chant des sirènes. C'est un spectacle décourageant.
Face à ce triste état des choses, le chapitre 3 de 2 Pierre est très important. Le pouvoir de Satan sur ce monde n'est qu'une illusion. Ce monde -- ainsi que la victoire ultime -- appartiennent à Dieu. Ceux qui attendent son retour régneront avec lui pour l'éternité. Le monde et tout ce qu'il contient seront jugés et consumés par le feu (3.7 ; comp. 2 Th 1.6-10). En vue de cet événement, la situation actuelle ressemble à l'escarmouche qui précède une grande bataille. Et si le Seigneur tarde à venir ? Bien avant Pierre, Moïse avait dit :
Les hommes ne peuvent pas ordonner la chtonologie de Dieu. Si Dieu dit que Christ reviendra pour juger la terre, nous pouvons être sûrs qu'il le fera. Si le jour du jugement tarde, c'est parce que Dieu, dans sa bienveillante patience, donne au monde le temps de se repentir (3.9).
Pierre se rappelle les prophètes de l'Ancien Testament quand il écrit : "Le jour du Seigneur viendra comme un voleur" (3.10). Ésaïe avait écrit :
dans Ésaïe 13, le prophète parle du jour du jugement comme d'un jugement contre Babylone ; en Ésaïe 34.9, s'agit d'un jugement sur Édom. Jérémie 46.11 dit qu'au jour du Seigneur, l'Égypte subira la colère de Dieu. Amos 5.17 et Sophonie 1.8 annoncent qu'au jour du jugement, Dieu se vengera sur Israël. Pour les prophètes, tout jour où Dieu se justifie avec puissance par le jugement, est "le jour de l'Éternel". En 1 Thessaloniciens 5.2 et 2 Pierre 3.10, il s'agit du jour de l'ultime jugement de Dieu, lorsque tous les peuples se rassembleront devant le tribunal de Christ (2 Co 5.10 ; Rm 2.6-8).
Selon Jésus et Paul aussi, le jour du Seigneur viendra comme un voleur (Mt 24.42-44 ; 1 Th 5.2). Entre l'attente de ce genre d'événement et celle du retour imminent du Christ (1 Pi 4.7 ; Jc 5.8), il n'y a guère de différence. Dans un cas comme dans l'autre, le peuple de Dieu doit se préparer et vivre dans l'expectative. Quand le Christ reviendra, son jugement puissant sera définitif et sans appel. La terre, les cieux, les mers, et tous les éléments de la nature seront détruits.
Les derniers mots de 3.10 sont difficiles à interpréter. Certains anciens manuscrits portent le mot normalement traduit "consumé" et d,autres le mot traduit "découvert" ou "mis à découvert". Il est difficile de savoir lequel de ces mots Pierre a réellement écrit. S'il s'agit du mot "découvert", il est employé comme en 1 Corinthiens 3.13, où le texte dit que l'oeuvre de chacun sera révélée "dans le feu" et "découverte" au dernier jour.
Certains commentateurs essaient d'utiliser ce passage pour appuyer la doctrine selon laquelle la terre ne sera pas détruite, mais plutôt rénovée, au dernier jour. Le contexte ne permet pas cette interprétation. Pierre dit que la terre et l'univers tels qu'ils existent à présent ne seront plus, au retour du Seigneur. On ne peut comprendre autrement la déclaration : "les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissodront".
En rappelant aux chrétiens la fin des temps, Pierre n'a pas l'intention de les remplir d'épouvante. Seuls le non-croyant et l'impie ont une raison de craindre. Pour Pierre et ses lecteurs, savoir que le monde présent doit prendre fin ne fait que renforcer leur résolution de vivre de manière sainte et juste. Pierre déclare donc : "Combien votre conduite et votre piété doivent être saintes ! Attendez et hâtez l'avènement du jour de Dieu" (3.11-12). Lorsque Paul écrit sur le retour de Christ, il donne une exhortation semblable (1 Th 5.1-5). Par le fait de vivre une vie sainte, les chrétiens se préparent à rencontrer le Seigneur s'il vient précipitamment, et ils hâtent même sa venue (c'est-à-direw, ils vivent dans l'attente de cet événement).
Certains disent : "Si la terre et les cieux sont détruits, où vivra le peuple de Dieu ?" Pierre ne répond pas précisément à cette question, car la réponse est cachée dans l'omniscience et dans la toute-puissance de Dieu. Il suffit de savoir que Dieu donnera une nouvelle terre et de nouveaux cieux, d'une autre sorte, que ceux-là. Dans cette terre et ces cieux, la justice régnera. L'image de Pierre est claire, sinon aussi pittoresque et dramatique que celle de Jean dans l'Apocalypse :
Cette exhortation à une vie sainte est répétée dans les dernières remarques de Pierre. Les chrétiens doivent se préparer à vivre avec Jésus, lorsque toutes choses seront renouvelées et le Fils de l'homme sera assis sur son trône glorieux (Mt 19.28). Comme le Seigneur lui-même est "un agneau sans défaut et sans tache" (1 Pi 1.19), Pierre exhorte les chrétiens à l'être également (3.14). Ces termes sont à contraster avec la description ("défauts et taches") des faux enseignants. En attendant le retour du Christ, les chrétiens doivent se souvenir que l'attente permet aux autres d'entendre l'Évangile, d'être sauvés et d'entrer dans le nombre des élus.
Le passage 3.15 constitue un témoignage exceptionnel de l'autorité et de l'inspiration des autres écrits du Nouveau Testament. La première lettre qui nous soit parvenue, celle écrite aux Thessaloniciens par Paul, fut écrite aux environs de 51 après J.C, à peu près quinze ans avant la rédaction de 2 Pierre. En plus, Pierre se trouvait peut-être à Rome, où l'Église avait reçu une lettre de Paul environ huit ans auparavant. Nous ne savons pas quand, ni comment, ni par qui les lettres de Paul avaient été rassemblées. Mais même à l'époque de la rédaction de 2 Pierre, Pierre et ses lecteurs pouvaient avoir connaissance des lettres de l'apôtre.
La déclaration de Pierre selon laquelle "les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens" de ce que Paul avait écrit, suggère que les faux docteurs décrits au chapitre 2 avaient essayé d'utiliser les lettres de Paul pour appueyr leur faux enseignement. Pierre dit clairement qu'il partage avec son frère Paul une cause commune. Paul, "selon la sagesse qui lui a été donnée" avait également écrit du jour du Seigneur et par conséquent du besoin de vivre de manière sainte (3.15-16).
Il est difficile de dire à quels passages et même à quelles épîtres de Paul, Pierre fai allusion en 3.15-16. Les épîtres de Colossiens, Éphésiens et Galates étaient adressées à des Églises de l'Asie Mineure. Les Églises de l'Asie pouvaient connaître les lettres aux Philippiens, aux Thessaloniciens et aux Corinthiens. En plus, quand Paul écrivait à Timothée, ce dernier était à Éphèse en Asie, et Tite était en Crète. ce qui compte est que Pierre et ses lecteurs connaissaient au moins quelques-uns des écrits de Paul et les reconnaissaient comme ayant autant d'autorité que le "reste des Écritures". Bien entendu, paul lui-même affirmait l'autorité de ses paroles, car elles lui étaient données par l'Esprit de Dieu (1 Co 2.13 ; Éph 3.5).
Il faut malheureusement, qu'à toute époque les chrétiens soient sur leurs gardes, afin de ne pas être "entraînés par l'égarement des impies" (3.17). Les vérités de base, les commandements, la manière de vivre recommandés aux chrétiens se trouvent dans le Nouveau Testament pour qui veut les lire ; mais plus d'un chrétien a été égaré de sa sécurité par les spécialistes des "passages difficiles à comprendre" (3.16) écrits par Paul et d'autres. Il faut se méfier des enseignants qui mettent de côté les doctrines bibliques claires et facilement comprises par la plupart, en faveur de leur interprétaton particulière des passages obscurs et difficiles. Bien des chrétiens sont tombés et ont été écrasés sur les rochers des soixante-dix semaines de Daniel, les visions nocturnes de Zacharie et le langage imagé de l'Apocalypse.
Le dernier chapitre de 2 Pierre contient l'une des descriptions les plus fournies du Nouveau Testament sur la deuxième venue du Seigneur. Les chrétiens modernes ont du mal à comprendre l'attente enthousiaste du retour du Seigneur tewlle qu'elle fut ressentie par l'Église du premier siècle. Dès leur premier contact avec l'Évangile, ces chrétiens comprirent que le Seigneur allait revenir. Pour eux, il pouvait venir à tout moment ; lorsque quelques années se passèrent sans qu'il revienne, ils commencèrent à douter. Leurs calomniateurs et leurs ennemis trouvaient leur attente un sujet de moquerie.
dans cette lettre, Pierre maintient l'espérance de la deuxième venue du Christ, dans un contexte qui permet aux chrétiens de vivre avec l'attente, même longue. Il ne suggère pas qu'ils doivent renoncer à leur désir d'un retour imminent, car c'est en fait la seule manière d,attendre son retour. On attend donc le Seigneur, sans pour autant exiger qu'il se conforme à notre chronologie humaine. Il va revenir, voilà la foi du chrétien!
"TOUTES LES ÉGLISES DU CHRIST VOUS SALUENT !" (Rm 16.16b)
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